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- Mélanomes de l’œil métastatiques : Une piste prometteuse grâce à l’association de deux thérapies ciblées
Le mélanome uvéal est un cancer rare touchant l’uvée, membrane pigmentaire à l’intérieur de l’œil qui comprend la choroïde (tissu recouvrant la rétine), l’iris et le corps ciliaire. Il s’agit de la tumeur maligne de l’œil la plus fréquente chez l’adulte. Le mélanome uvéal touche principalement les populations occidentales d’origine européenne, plutôt les personnes âgées d’une soixantaine d’années à la peau et aux yeux clairs.
Parmi les cancers rares, le traitement du mélanome uvéal au stade métastatique demeure un enjeu thérapeutique clé, avec un besoin crucial de nouvelles options de traitement. Les premiers résultats d'efficacité et de tolérance d’une association de deux thérapies ciblées sont présentés au congrès de l’ASCO, issus de l’étude OptimUM-02, menée par le Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale à l’Institut Curie.
Avec environ 500 nouveaux cas par an en France, le mélanome uvéal est le cancer oculaire le plus fréquent chez l’adulte. Lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce, ce cancer rare est généralement traité avec succès. Cependant, près de la moitié des patients développent des métastases (principalement au niveau du foie), limitant alors les options thérapeutiques et le pronostic. Centre de référence national et européen pour le mélanome uvéal, l’Institut Curie, prend en charge environ deux tiers des nouveaux cas en France et est reconnu au niveau international pour son expertise dans ce cancer.
OptimUM-02 : tester la synergie d’une combinaison de thérapies ciblées
A ce jour, il n’existe qu’un seul médicament approuvé pour traiter le mélanome uvéal métastatique : le tebentafusp. Cette immunothérapie innovante (un anticorps bispécifique) améliore la survie mais seulement la moitié des patients peuvent le recevoir (plus précisément ceux ayant un sérotype spécifique : HLA-A*02:01, indispensable pour déclencher cette immunité anti-mélanome). Pour les patients qui ne sont pas éligibles au tebentafusp, il n’existe à ce jour pas de traitement systémique de référence.
En session orale à l’ASCO 2026, sont présentés des résultats de l’étude OptimUM-02 menée chez des patients atteints de mélanome uvéal métastatique non éligibles au tebentafusp. Coordonné en France par le Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale à l’Institut Curie, cet essai de phase 3 vise à évaluer la combinaison de deux thérapies ciblées impliquées dans la prolifération et l’invasion des cellules tumorales : le darovasertib, inhibiteur de protéine kinase C et le crizotinib, inhibiteur de Met.
Des résultats prometteurs en survie mais une toxicité digestive notable
« Les équipes de l’Institut Curie ont participé aux études précliniques qui ont permis de franchir les étapes nécessaires à la poursuite des études au stade clinique et nous sommes très satisfaits aujourd’hui de pouvoir présenter les premiers résultats d’efficacité et de sécurité de l’étude OptimUM-02 », explique le Dr Sophie Piperno-Neumann. L’objectif principal de la partie phase 2 de l’étude est la survie sans progression : les résultats rapportent une survie sans progression médiane de 7 mois, soit le double de celle obtenue avec n’importe quel autre médicament dans cette situation.
« Les données préliminaires de survie globale montrent à ce stade une tendance à l’amélioration mais il faudra attendre les résultats plus matures de la phase III d’ici un an ». Seul bémol de cette association : une toxicité digestive relativement fréquente (surtout diarrhées et nausées) mais le plus souvent de bas grade. « Cette nouvelle combinaison de deux médicaments se révèle donc intéressante dans le traitement du mélanome métastatique chez les patients non éligibles au tebentafusp et ouvre également des perspectives prometteuses à des phases plus précoces de la maladie. Actuellement, le darovasertib est testé dans une étude de phase 3 en situation néoadjuvante avec pour objectif de préserver la vision de l’œil atteint et de réduire les effets secondaires de la radiothérapie. De plus, un essai en situation adjuvante est prévu dans le but de diminuer le risque de rechute métastatique chez les patients à haut risque de récidive », conclut le Dr Sophie Piperno-Neumann.
Darovasertib plus crizotinib vs investigator’s choice as first-line treatment for patients with HLA-A2 negative metastatic uveal melanoma: Primary results from the OptimUM-02 trial.
=> Oral Abstract Session Melanoma/Skin Cancers, 1er juin 2026, Dr Sophie Piperno-Neumann
Dans le mélanome uvéal métastatique, d’autres travaux menés par le Dr Toulsie Ramtohul, radiologue à l’Institut Curie, sont présentés à l’ASCO. Ils montrent que l’analyse quantitative de l’IRM, en mesurant le volume total des métastases hépatiques et leur vitesse de croissance sous traitement, pourrait aider à prédire mieux et plus précocement l’évolution de certains patients atteints de mélanome uvéal métastatique (traités par tebentafusp), en complément des critères d’imagerie classiques et de l’ADN tumoral circulant.

