Recherche Dutreix Radiothérapie

Recherche Dutreix Radiothérapie

Combiner les approches

Julia Vollerin
05/06/2019
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Lorsque les cancers s’avèrent résistants à la radiothérapie, il faut user de stratagèmes pour les vaincre. Aujourd’hui, chercheurs et médecins misent notamment sur des associations thérapeutiques.

Un autre champ de recherche s’intéresse à irradier différemment, voire moins, en combinant différentes techniques. L’une des approches envisagées consiste à utiliser des molécules radiosensibilisantes, c’est-à-dire qui augmentent les effets des rayons. C’est le cas des Dbait, mis au point dans les années 2000 à l’Institut Curie. « Ces petites molécules inhibent la réparation de l’ADN précisément dans les cellules cancéreuses », explique Marie Dutreix, directrice de recherche CNRS, chef de l’équipe Recombinaison, réparation et cancer : de la molécule au patient (Inserm/CNRS/Institut Curie). De fait, elles accentuent l’efficacité de la radiothérapie. En 2016, un essai clinique chez l’humain a ainsi démontré leur intérêt dans le traitement local du mélanome. « Nous allons désormais les évaluer sur d’autres types de tumeurs. Elles pourraient être particulièrement intéressantes chez l’enfant car cela permet d’avoir une radiothérapie plus efficace sans augmenter les doses, donc sans augmenter les effets secondaires. » D’autres molécules radiosensibilisantes sont à l’essai, mais avec des résultats mitigés : « elles ne sont intéressantes que si elles augmentent les effets de la radiothérapie uniquement dans les cellules cancéreuses. Sinon, on risque d’augmenter aussi les effets secondaires dans les tissus sains », précise Marie Dutreix.

L’immunothérapie à l’étude

Ces dernières années, l’immunothérapie a soulevé de nombreux espoirs contre le cancer. Cette approche, qui consiste à stimuler le système immunitaire du patient pour qu’il s’attaque aux cellules cancéreuses, est aujourd’hui envisagée en combinaison avec la radiothérapie : « en irradiant les cellules cancéreuses, la radiothérapie déclenche des mécanismes biologiques au niveau cellulaire qui pourraient permettre à l’immunothérapie d’être encore plus efficace, explique le Pr Poortmans. La combinaison de ces deux approches va donc être explorée dans certains cancers comme celui du sein ou du cerveau chez l’enfant, où l’immunothérapie seule ne fonctionne pas ou très peu. »

La biologie, clef de l’innovation en radiothérapie

Pour permettre de tels essais, il est essentiel de comprendre les mécanismes en jeu. C’est pourquoi l’Institut Curie mène aussi de nombreux programmes de recherche fondamentale visant à comprendre pourquoi certaines caractéristiques biologiques et/ou génétiques, présentent dans certaines tumeurs, sont associées à une moindre sensibilité aux radiations. Si, autrefois, les progrès thérapeutiques relevaient essentiellement de progrès technologiques sur les appareils d’irradiation, les innovations reposent aujourd’hui sur un travail interdisciplinaire et une meilleure connaissance des mécanismes d’action de la radiothérapie.

Radiothérapie : les progrès s'accélèrent

Crédit photo : Uriel Chantraine / Institut Curie