Prise de sang

Dépistage et pronostic : l’apport des biomarqueurs circulants

Émilie Gillet
25/01/2018
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Tout savoir sur le cancer à partir d’une simple prise de sang, un rêve qui semble de moins en moins inaccessible au vu des dernières avancées sur les cellules et l’ADN tumoraux circulants.

Peu d’études ont été menées sur l’utilisation des biomarqueurs circulants pour le dépistage des cancers. Cependant, celle de l’équipe du Pr Paul Hofman en 2014 au CHU de Nice a retenu l’attention : grâce à une technique de filtration du sang, il a identifié des CTC chez cinq patients, parmi 245 personnes à risque susceptibles de développer un cancer du poumon, et ce un à quatre ans avant l’apparition d’une masse tumorale visible au scanner ! Des résultats qui demandent cependant à être confirmés par une étude de plus grande ampleur. À l’Institut Curie, l’équipe des professeurs Jean-Yves Pierga et François-Clément Bidard s’intéresse quant à elle à l’intérêt des CTC pour dépister des tumeurs chez des patientes à haut risque concernant le cancer du sein avant même que ces tumeurs soient visibles par mammographie (essai CirCa-01). Le Pr Bidard souligne cependant :
« Les CTC seront probablement intéressantes chez les patients à haut risque uniquement, ou dans le cas des cancers où l’on n’a aucune autre technique satisfaisante comme le cancer du pancréas ou le cancer de l’ovaire métastatique. Mais elles sont beaucoup trop rares dans le sang pour imaginer qu’elles permettent des tests de dépistage vraiment efficaces pour tout le monde.»

Pour les médecins et chercheurs, les biomarqueurs circulants offrent aussi la possibilité de préciser le pronostic d’un cancer ou de déceler rapidement une résistance à un traitement, voire une rechute avant que celle-ci soit visible cliniquement. L’équipe du Pr Bidard a aussi démontré que la quantité de CTC dans le sang est un bon facteur prédictif du risque de thrombose (formation d’un caillot sanguin) chez les patientes atteintes de cancer du sein.

« Nous avons aussi mis en évidence dans les cancers du sein métastatique que le taux de CTC est un facteur pronostique majeur : plus leur taux est élevé, plus le pronostic est défavorable » ajoute-t-il.

Des études sont par ailleurs en cours pour évaluer si le comptage des cellules tumorales circulantes est une bonne indication de l’efficacité du traitement de certains cancers du côlon, de la prostate ou du sein.

En ce qui concerne l’ADNtc, il a été montré à l’Institut Curie que chez les patients atteints de mélanome de l’uvée, le taux d’ADNtc est un indicateur de la réponse aux nouvelles immunothérapies. Il est en outre être étroitement lié à la taille de la tumeur. D’ailleurs, dès lors que l’ADNtc n’est plus repérable chez un patient, celui-ci présente une réponse durable au traitement.

Des résultats analogues ont aussi été mis en évidence dans les cancers du poumon non à petites cellules, et un type de cancer du côlon.

Analyser les cancers pédiatriques à haut risque grâce aux biomarqueurs

Dans le cas d’un cancer pédiatrique à haut risque, il est crucial de disposer, le plus tôt possible, d’informations précises sur les caractéristiques de la tumeur afin de choisir au mieux les traitements et de réagir rapidement s’ils sont inefficaces. Pour répondre à ce défi, le Dr Gudrun Schleiermacher, chef de l’équipe de recherche translationnelle en oncologie pédiatrique de l’Institut Curie, a lancé en 2017 l’essai MICCHADO* coordonné par l’Institut Curie mais impliquant d’autres centres.
« L’objectif est de permettre une caractérisation détaillée des cancers des enfants et des adolescents à haut risque, afin de pouvoir développer de nouvelles stratégies qui pourront être utilisées dès le diagnostic. » L’analyse de l’ADN tumoral circulant devra ainsi permettre de suivre l’évolution des tumeurs et de déceler rapidement l’apparition de résistances aux traitements. L’essai devrait durer six ans et concerner environ 600 enfants et adolescents.

*L’étude MICCHADO bénéficie du soutien des associations Imagine for Margo et Hubert-Gouin, et de la Fondation KickCancer.