Pour aller plus loin
Recherche cancer du sein

La recherche avance

Anne-Laure Lebrun
11/09/2020
Partager
Au cours des dernières années, la recherche sur le cancer du sein métastatique a beaucoup avancé. La survie des malades se prolonge, et même s’ils ne parlent pas encore de guérison, les médecins osent désormais avancer le terme de maladie chronique. Pour éliminer les métastases, la recherche penche sur le développement de nouvelles combinaisons et stratégies thérapeutiques.

Adapter les traitements

Les cellules cancéreuses peuvent devenir résistantes aux médicaments après une période initiale de sensibilité. Cette résistance peut être la cause de nouvelles mutations émergeant dans la tumeur. L’identification de ces nouvelles mutations permettrait d’adapter la stratégie thérapeutique. C’est en tout cas ce qu’explore la vaste étude PADA-1 dirigée par le Pr François-Clément Bidard, médecin-chercheur spécialisé en oncologie médicale à l’Institut Curie et à l’Université de Versailles Saint Quentin/Paris Saclay.

L’étude PADA-1, menée avec les groupes collaboratifs nationaux Unicancer et GINECO, permet d’étudier l’apparition de mutation du récepteur aux oestrogènes en cours d’hormonothérapie. Grâce aux 1 017 patientes ayant participé à cette essai clinique (dont 140 à l’Institut Curie), cette étude a déjà permis l’obtention de résultats scientifiques majeurs sur la cinétique et la fréquence d’apparition de ces mutations ; le suivi encore en cours permettra de déterminer si un changement de l’hormonothérapie peut permettre de contrecarrer efficacement ces mutations apparaissant sous traitement.

Une nouvelle combinaison thérapeutique

A travers le monde, plusieurs essais cliniques évaluent l’efficacité et la sécurité d’emploi de nouvelles molécules ou de combinaisons thérapeutiques. Et des résultats encourageants ont récemment été présentés chez des patientes atteintes d’un cancer du sein avancé hormono-dépendant et présentant une mutation impliquée dans la résistance à l’hormonothérapie (PIK3CA). Cette anomalie, qui contribue à transformer les cellules saines en cellules cancéreuses, est retrouvée dans près de 40% des cas de cancers du sein hormono-dépendants métastatiques.

Le Dr Florence Lerebours, oncologue médicale, est le 2e auteur des résultats de l’étude BYLieve qui implique de nombreuses équipes dans le monde entier et dont l’Institut Curie a été le principal recruteur. Dans cette étude, l’intérêt d’ajouter à l’hormonothérapie (fulvestrant), une molécule innovante (alpelisib) qui cible l’anomalie PIK3CA a été évalué. Résultat : la moitié des patientes ayant reçu cette combinaison n’ont pas vu leur maladie progresser durant six mois. Ce qui laisse supposer que l’alpelisib aide à réduire la croissance des cellules cancéreuses chez ces patientes.

Bloquer la dissémination du cancer

L’invasion des ganglions lymphatiques axillaires est, généralement, un marqueur de mauvais pronostic du cancer du sein. En effet, une fois que les cellules cancéreuses ont réussi à atteindre ces minuscules organes – sièges de nombreuses réactions immunitaires -, elles peuvent se disséminer ailleurs dans le corps. Une invasion possible car les cellules tumorales savent détourner le système immunitaire et empêcher les globules blancs présents dans les ganglions de les tuer. Cette découverte réalisée par Eliane Piaggio, cheffe de l’Equipe immunothérapie translationnelle dans l’Unité immunité et cancer (Institut Curie / Inserm U932 / Université de Paris) à l’Institut Curie, et ses collègues, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles immunothérapies capables d’activer le système immunitaire et détruire les cellules tumorales qui colonisent les ganglions.