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L'interdisciplinarité, ligne de front des connaissances

Catherine Brun
25/02/2019
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Pour appréhender la complexité du vivant et les voies multiples qui mènent au développement cancéreux, les chercheurs issus de disciplines différentes font front commun.

« L’ interdisciplinarité est la clé aujourd’hui, justifie Bruno Goud. C’est souvent à l’interface entre les disciplines que se font les avancées majeures. Cela permet de réfléchir différemment, de poser les questions sous un angle original et de faire émerger de nouveaux concepts et de nouvelles idées expérimentales. » Aleksandra Walczak, physicienne théoricienne fascinée par le vivant, en est le parfait exemple. Elle collabore avec des chercheurs à l’Institut Curie mais aussi ailleurs en France et à l’international : « Je m’intéresse notamment à la manière dont le système immunitaire, fait d’un grand nombre d’éléments différents, adopte un comportement collectif pour réagir de manière coordonnée face à un agresseur. J’utilise la physique statistique pour établir des modèles, que je vérifie ensuite. On a trop tendance à cloisonner les disciplines et on oublie que les objets biologiques aussi répondent aux lois de la physique ! »

Quant à Matthieu Piel, polytechnicien passé à la biologie cellulaire à la faveur d’une thèse, il a lui aussi prouvé la richesse des questionnements croisés. Fasciné par la mobilité des cellules in vivo, il a découvert, grâce à une approche physique, que les cellules, souvent quasi-immobiles dans les boîtes de culture, peuvent se déplacer très rapidement si on les place dans un environnement confiné comme celui qu’elles rencontrent dans les tissus; elles peuvent se faufiler dans des interstices minuscules, allant jusqu’à casser leur noyau. Il se penche aujourd’hui sur cette capacité des cellules à se déformer pour infiltrer les tissus, dans le contexte de la réponse immunitaire et de la formation de métastases. Sonia Garel, de son côté, étudie la mise en place des connexions dans 14 le cerveau juste avant et après la naissance : « Notre problématique est celle des neurones en migration. Les mécanismes cellulaires que nous tentons de caractériser peuvent potentiellement nous permettre de comprendre comment les cellules se déplacent dans des contextes pathologiques, comme dans le cancer. On voit ainsi qu’un sujet d’étude peut avoir des ramifications éloignées. » Loin de l’image poussiéreuse du savant isolé dans sa tour d’ivoire, le chercheur aujourd’hui travaille donc avant tout en équipe, « dont chaque maillon est important », insiste Sonia Garel. « On demande au chercheur d’être sur tous les fronts : piloter son équipe, collaborer à l’extérieur, former les étudiants, faire connaître le laboratoire dans les congrès, monter les dossiers de financement, évaluer ses pairs… »

Sans oublier qu’il est engagé dans une compétition internationale intense, qu’il vit avec passion. La recherche fondamentale est toujours une prise de risque, sans débouchés assurés. Mais sans elle, aucune innovation thérapeutique n’est possible dans la lutte contre le cancer à long terme. Il est donc crucial, à l’heure où les financements de la recherche sont toujours plus contraints, de continuer à la soutenir.