Cancer a chaque âge

Oncogériatrie : quand gériatres et spécialistes du cancer s’allient

Michael Bringuier
05/03/2019
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Près d’un tiers des cancers surviennent chez des personnes de plus de 75 ans et les projections indiquent que cette proportion atteindra 50 % en 2050.

La prise en charge d’une personne âgée atteinte de cancer ne peut pas se limiter au seul traitement de la maladie. Pour aboutir à un traitement vraiment "personnalisé", la prise en charge doit être globale, et donc tenir compte de l’hétérogénéité du vieillissement, aussi bien que du "portrait moléculaire" du cancer.

Prise en charge globale

Avec le vieillissement, il existe en effet des problématiques spécifiques d’ordre médical (fragilités liées à des pathologies multiples d’incidence croissante selon l’âge), psycho-cognitif, et social à prendre en compte.

Nombre de personnes âgées vivent dans l’isolement et la dépendance, avec parfois des revenus modestes, et présentent d’éventuels troubles cognitifs. Autant de données qu’il faut connaître et intégrer dans le plan de soins.

Adapter les traitements

Tous les traitements peuvent être envisagés, dès lors qu’ils sont adaptés à l’âge et à l’état général des patients et que leur toxicité est anticipée. Par exemple, les complications tardives de la radiothérapie ont moins de risque de survenir, tandis que les transports répétés qu’elle induit peuvent poser un réel problème. Dans ce cadre, certains protocoles de radiothérapie hypofractionnée, limitant les déplacements de la personne malade, sont actuellement réalisés de manière courante préférentiellement chez les patients âgés.

La chimiothérapie reste le traitement le plus compliqué à instaurer chez le sujet âgé, du fait des effets secondaires plus fréquents, mais ne doit pas être écartée par principe. Les indications doivent être adaptées à l’âge (il ne faut pas appliquer directement celles utilisées chez les plus jeunes).

Les thérapies ciblées et l’immunothérapie, généralement moins toxiques, apparaissent comme une alternative prometteuse bien que les données de développement spécifiques à la population âgée manquent encore.

La recherche clinique doit donc définir les modalités d’administration les plus adaptées à cette population.  Plusieurs protocoles spécifiques à la personne âgée sont actuellement en cours d’élaboration, abordant différents thèmes comme l’efficacité d’une activité physique adaptée en cours de chimiothérapie pour tenter d’améliorer la qualité de vie, ou encore des protocoles de désescalades  de dose de chimiothérapie. L’oncogériatrie est donc une discipline émergente et extrêmement dynamique.

La réflexion doit aussi s’étendre au diagnostic et au dépistage des cancers chez les personnes âgées car ils sont encore trop souvent diagnostiqués à un stade plus avancé que dans l’ensemble de la population. Le rôle des médecins généralistes est certainement capital sur ce point.

Assurer une bonne qualité de vie

Pour cette population, l’enjeu n’est donc pas toujours la guérison à tout prix, mais le contrôle de la maladie. Tout doit être mis en œuvre pour que la personne âgée continue à vivre de manière la plus confortable possible pendant les traitements, en tentant d’allier efficacité thérapeutique et qualité de vie.