Comment les cellules acquièrent le « sens de l’orientation », ou le perdent…

Valérie Devillaine
22/02/2018
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Franck Perez a développé un astucieux dispositif de contrôle du transport des protéines dans les cellules. Il fédère aujourd’hui autour de lui dans le cadre d’un PIC3i d’autres équipes curieuses de comprendre comment le fonctionnement ou les dysfonctionnements de ces transports affectent les cellules.
migration cellulaire

Les cellules épithéliales, comme celles qui tapissent notre intestin, sont orientées. Les protéines, synthétisées dans un unique compartiment des cellules, sont ensuite véhiculées vers une extrémité ou l’autre pour donner aux cellules cette orientation et leur permettre de remplir leur fonction principale : absorber les nutriments d’un côté et leur faire rejoindre la circulation sanguine de l’autre. Mais comment ces protéines sont-elles transportées vers leur destination finale ? Pour répondre à cette question, Franck Perez, directeur de recherche CNRS à l’Institut Curie, a développé un outil, le RUSH assay, qui permet de contrôler le transport de telle ou telle protéine et de suivre son trajet en temps réel dans la cellule. Pour tirer le meilleur parti de cet outil, il a monté un vaste projet de recherche, interdisciplinaire et inter-établissements, financé dans le cadre du Programme incitatif et collaboratif, PIC3i, qui encourage ce type de travaux complexes. Il a ainsi pu recruter une ingénieure (Myriam Ali Ziane) sur un contrat de deux ans pour effectuer ces travaux en collaboration avec l’équipe (CNRS/Institut Curie/UMPC) de Danijela Vignjevic de l’Institut Curie. Cette dernière s’intéresse aux migrations des cellules elles-mêmes, qui peuvent être la conséquence d’une désorientation et la cause de cancers. Ce travail est aussi mené en partenariat avec deux équipes de l’Institut Pasteur (celles de Chiara Zurzolo et Arnaud Echard, du Département de Biologie Cellulaire et Infection). Pour mieux comprendre ces phénomènes, les chercheurs ont d’abord vérifié que le système RUSH était utilisable dans des cultures de cellules en trois dimensions, et même chez l’animal vivant. Il leur reste à perfectionner leurs techniques d’imagerie pour visualiser correctement ces transports de protéines à l’échelle d’un tissu. Enfin, ils observeront les répercussions de modifications génétiques sur ces transports moléculaires et les conséquences physiologiques de telles anomalies.