Comprendre comment la cellule tumorale détourne son environnement

Céline Giustranti
08/03/2017
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Les cellules tumorales ne sont pas isolées au sein de l’organisme. Elles interagissent avec leurs voisines a priori saines et les utilisent à leurs fins. Ce nouveau programme des "PIC 3i", financé pour grande partie par la générosité publique, vise à plonger au cœur de ce microenvironnement propice au développement tumoral.
Fatima Metcha-Grigoriou

Toutes issues d’une première cellule altérée, les cellules cancéreuses ne sont pas isolées au sein de l’organisme. Elles se mélangent à d’autres, saines. Certaines cellules tumorales vont même jusqu’à modifier l’environnement qui les entoure pour pouvoir l’utiliser à leur gré. Grâce à des échanges moléculaires, elles « réveillent » notamment les fibroblastes présents dans les tissus voisins. Extrêmement abondantes, ces cellules de soutien forment la trame de tous les tissus. Habituellement au repos, en temps normal, ces cellules sortent de leur léthargie pour réparer une plaie ou régénérer un tissu. Elles acquièrent alors des propriétés contractiles, deviennent des myo-fibroblastes, ce qui leur permet de se déplacer et d’envahir la région lésée. Cet état est réversible car ces cellules retournent ensuite à un état quiescent, non activé.

Les fibroblastes peuvent aussi être activés par des signaux – des facteurs de croissance ou des chimiokines – émis par les cellules tumorales. On les désigne alors sous le nom générique de "fibroblastes associés au cancer" (CAF). Les CAFs constituent la population de cellules la plus abondante présente au cœur des tumeurs, se mélangeant avec les cellules tumorales. Ainsi, ces CAFs, sans être porteurs d'altérations génétiques, sont activés de façon permanente par les cellules tumorales, qui les détournent à leur profit.

Dès lors qu’ils sont activés par la tumeur, les CAFs participent à créer un environnement encore plus propice à son essor, notamment à sa propagation. Ils acquièrent de nouvelles fonctions qui ne sont pas réversibles. Ainsi, après être devenu un myofibroblaste, cette cellule le reste et conserve ces propriétés. C’est d’ailleurs souvent la première cellule à quitter la tumeur entraînant avec elle des cellules tumorales. C’est le début de la dissémination vers d’autres organes.

Les CAFs agissent à plusieurs niveaux pour promouvoir la cancérogenèse, mais leurs actions précises sont encore peu connues. L'équipe Stress et cancer (Inserm/Institut Curie) dirigée par Fatima Mechta-Grigoriou vient de mettre en évidence, pour la première fois, qu'il existerait plusieurs "familles" de CAF, aux propriétés différentes et qui ne réagiraient pas de la même façon aux signaux émis par les cellules tumorales. "Nous voulons comprendre pourquoi et comment les CAFs utilisent leurs propriétés physiques et biologiques pour interagir avec les cellules tumorales", déclare Fatima Mechta-Grigoriou, coordinatrice de ce programme.

D’ailleurs les chercheurs ont d’ores et déjà identifié 4 profils de CAFs associés à des sous-groupes distincts de populations de femmes atteintes de cancers du sein agressifs. Il existe donc un lien entre les données cliniques, notamment la proportion de métastases, et les différentes classes de CAFs identifiées par ce laboratoire. Ces cellules étant stables génétiquement, elles représentent une source thérapeutique très intéressante, en complément des traitements ciblant les cellules tumorales. Associant des chercheurs et des cliniciens, tous reconnus internationalement, ce PIC3i va permettre de poursuivre et développer les recherches pour percer les secrets des CAFs, ces cellules à proximité des cellules tumorales. Ayant la capacité de freiner ou de faciliter la croissance des cancers, elles pourraient constituer autant d’alliés ou de cibles dans la lutte contre la maladie.

 

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