Actualité - Cancers de l'enfant

Cancers de l’enfant et recherche : le point sur les dernières innovations

Céline Giustranti
10/05/2016
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Parallèlement à la réflexion des spécialistes de l’Institut Curie sur l’optimisation éthique des essais cliniques, faisons le point sur les dernières innovations en pédiatrie.
Cancer de l'enfant

Activités du Département d'Oncologie pédiatrique de l'Institut Curie

Depuis presque 40 ans, le département d’oncologie pédiatrique et d’adolescents jeunes adultes (Dopaja) de l’Institut Curie prend en charge de jeunes patients atteints de tumeurs solides, notamment de neuroblastomes, de sarcomes d’Ewing, de rétinoblastomes, de rhabdomyosarcomes, de tumeurs cérébrales et de lymphomes. C’est aujourd’hui l’un des leaders nationaux et européens pour le traitement des cancers pédiatriques. Il peut proposer à ses patients les traitements les plus innovants et les plus adaptés. L’Institut Curie a d’ailleurs obtenu en 2015 le label CLIP2 de l’Inca avec valence pédiatrique, qui lui donne la possibilité de mener des essais précoces pédiatriques.

"La spécificité de l’Institut Curie, c’est le continuum entre la recherche fondamentale, la recherche clinique et les soins", souligne le Dr Jean Michon, chef du Département d’oncologie pédiatrique adolescents et jeunes adultes. Ce continuum, c’est l’âme même de l’Institut Curie. Objectif : faire travailler de pair médecins et chercheurs pour faciliter l’accès des patients à l’innovation.

Plus de 25 % des enfants dans des essais cliniques

Les essais cliniques facilitent l’accès aux traitements innovants pour les patients. Ils leur assurent par ailleurs une prise en charge optimale. L’Institut Curie est leader national en termes d’inclusion de patients dans les essais pédiatriques. En 2015, 41 études interventionnelles étaient ouvertes à Curie et 111 patients ont été inclus dans l’une de ces études.

"Dans notre pratique, nous devons toujours garder en tête que la double mission de médecin-chercheur, très fréquente en pédiatrie oncologique, ne doit jamais influencer la relation avec les famille de patients et nous faire perdre notre neutralité vis-à-vis d’eux quant à l’inclusion dans les essais cliniques, explique le Pr François Doz. En outre, en pédiatrie, le médecin doit s’adapter à la maturité et à l’âge du patient."

Ces essais couvrent l’ensemble des phases de développement, des essais dits précoces aux essais de phase III. Deux grandes orientations peuvent se distinguer. Pour les cancers de bon pronostic, il s’agit de réduire les effets secondaires des traitements. Quant aux cancers de mauvais pronostic, la priorité est d’améliorer la survie et de trouver de nouveaux traitements plus efficaces. "Les attentes de la recherche en biologie dans ce domaine sont nombreuses et portent déjà leurs fruits", ajoute François Doz qui coordonne, pour la France, le protocole européen SIOP-E PNET5, lancé en 2015. Il s’adresse aux enfants de plus de 5 ans atteints d’un médulloblastome dit de "risque standard" chez qui, pour la première fois, le traitement sera adapté en fonction du "risque biologique".

Quant à la désescalade thérapeutique, elle s’illustre dans les résultats de l’essai clinique mené par le Dr Daniel Orbach et le Groupe européen des sarcomes pédiatriques des parties molles (EpSSG) comme pour les enfants atteints de fibrosarcome infantile, une tumeur pédiatrique rare. Ils viennent en effet de montrer l’efficacité d’un traitement moins invalidant.

L’équipe de recherche translationnelle du Dr Gudrun Schleiermacher poursuit la caractérisation des altérations génétiques dans le neuroblastome, le médulloblastome et les tumeurs rhabdoïdes. Dans un premier temps, ces résultats devraient aboutir à l’utilisation de biomarqueurs pour le suivi de la maladie et bientôt les premiers essais cliniques devraient débuter avec des thérapies ciblées.

L’apparition des tumeurs rhabdoïdes est causée par une seule et unique mutation, responsable de l’inactivation du gène Smarcb1, découverte par le laboratoire d’Olivier Delattre en 1998. Franck Bourdeaut sera l’investigateur principal national de l’essai clinique lancé en 2016 en coopération avec l’industriel EpiZyme basé à Boston (Etats-Unis), qui a synthétisé une molécule inhibitrice d’EZH2 capable de compenser la perte de la fonction de Smarcb1.   Le développement des essais précoces est réalisé grâce à la forte implication du DrIsabelle Aerts au sein du Clip 2 pédiatrique.

Parmi les nouveaux traitements, l’immunothérapie, qui a fait une entrée prometteuse dans les traitements des cancers chez les adultes ces dernières années,  fait aussi partie des options thérapeutiques à la disposition des pédiatres de l’Institut Curie. "Les résultats des essais d’immunothérapie en pédiatrie sont bien évidemment attendus avec impatience, déclare François Doz. Compte-tenu de son efficacité accrue dans les tumeurs génétiquement très altérées, elle pourrait en tous cas présenter un intérêt chez les enfants développant une tumeur dans un contexte de prédisposition génétique avec défaut de la réparation de l’ADN."