Actualité - Cancers du sein

Isabelle Fromantin : « la recherche en soins infirmiers comme leitmotiv »

Céline Giustranti
22/09/2017
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En décernant le prix Ruban Rose 2017 à Isabelle Fromantin, l'association "Le Cancer du Sein, Parlons-en !" ne s’est pas trompée. Elle récompense une carrière entièrement consacrée aux autres et à la promotion de la recherche en soins infirmiers.
Isabelle Fromantin

Prendre soin des autres, c’est ce qui a motivé Isabelle Fromantin à devenir infirmière. Sa carrière est à la hauteur de son rêve de jeune fille. Qui mieux que cette infirmière, première à soutenir une thèse de science fondamentale en France, peut illustrer les évolutions récentes de la profession? Car en plus de prendre soin des patients, Isabelle Fromantin n’a eu de cesse de participer au développement de pratiques innovantes, au progrès de la prise en charge des patients, mais aussi d’inciter les autres infirmières à faire de même. Tout en continuant d’exercer son métier de vocation, Isabelle Fromantin met sa fibre entrepreneuriale au service de projets de santé originaux.

L’odorat canin pour repérer les cancers du sein

Son dernier projet en date : KDOG ou comment utiliser le flair du meilleur ami de l’homme pour détecter les cancers du sein ? Derrière ce projet aux allures quelque peu étranges, le rationnel scientifique est fort et trouve ses origines dans la spécialité de l’infirmière-chercheuse : les plaies tumorales qu’elle a soigné en plusieurs points du globe, et les Composés Odorants Volatils que ces plaies émettent et qu’elle a étudié pendant sa thèse de science. La question centrale qui anime la thèse d’Isabelle Fromantin est la suivante : le cancer aurait-il une odeur et quel outil serait le plus à même de détecter cette signature olfactive de la maladie ? Si la solution ne se trouve pas dans la chimie analytique, Isabelle Fromantin la trouve dans les romans policiers qu’elle dévore durant son temps libre : si la police scientifique utilise déjà les capacités olfactives très développées des chiens, pourquoi pas la médecine ?

Elle n’est pas la seule à se pencher sur l’odorat des chiens pour repérer les tumeurs : des chercheurs aux Etats-Unis par exemple ont déjà montré le bien-fondé de cette approche. Mais avec l’énergie qui la caractérise, Isabelle Fromantin fait tomber les dernières barrières existant entre le concept et l’application. Au terme de six mois de dressage réalisé par un expert cynophile grâce à des exercices de mémorisation, les deux Malinois de l’équipe KDOG, Thor et Nykios, sont en mesure de distinguer la « lingette tumeur » parmi 4 lingettes ayant été en contact préalable avec la poitrine d’une volontaire. C’est là l’originalité majeure du projet d’Isabelle : choisir un support inédit, une lingette, qui récupère l’odeur du cancer par la peau, ce qu’on appelle une méthode de dépistage transcutanée. En comparaison, les autres équipes ayant travaillé sur le chien détecteur de tumeur à l’étranger faisaient analyser directement au chien des fluides corporels humains comme l’urine ou l’haleine.

Pour mener cette expérience, il aura fallu la contribution de 130 volontaires, certaines atteintes de cancer et d’autres non, qui ont accepté de fournir lesdites lingettes, gardées contre leurs seins toute une nuit durant. Une partie des échantillons a servi à l’entraînement des Malinois et un lot devait être analysé en aveugle par les chiens comme preuve de concept. Lors de cette phase test afin de confirmer que les chiens savaient reconnaître les émanations spécifiques du cancer du sein, les résultats ont été plus que prometteurs.

Nous avons obtenu 100 % de réussite pour le 1er test grandeur nature, s’enthousiasme l’infirmière. Sur les 31 échantillons utilisés pour le test, Thor et Nykios ont su repérer toutes les lingettes qui avaient été en contact avec la tumeur.

Pour confirmer ces résultats à grande échelle et faire la preuve des formidables possibilités offertes par cette approche, une étude de plus grande ampleur devra être lancée en 2018. Cette fois-ci, Isabelle Fromantin vise 1000 volontaires et souhaite l’acquisition de deux chiens supplémentaires de race différente afin de préciser les caractères de sélection de ces chiens détecteurs de tumeurs.

Par ailleurs, jusqu’à présent, le projet a pu avancer grâce au soutien de généreux donateurs et de volontaires partout dans l’Hexagone et au-delà. Isabelle est très attachée à ce que KDOG soit un projet citoyen et inclusif afin de bénéficier des avis et connaissances de chacun.

Porte-étendard du métier d’infirmière

Isabelle Fromantin n’en oublie pas pour autant son métier qui consiste à être au chevet des patients. « C’est ce qui a motivé ma décision de devenir infirmière, rappelle celle que ses parents promettaient plutôt à une carrière de médecin. L’infirmière est le maillon essentiel de la chaîne de soins. Nous accompagnons le patient tout au long de sa prise en charge, nous l’informons sur sa maladie, nous assurons le suivi en dehors de l’hôpital. Le métier d’infirmière a en effet beaucoup évolué au cours des 25 dernières années. L’infirmière participe désormais activement à l’innovation de la prise en charge des patients. » En plus de ces projets, Isabelle Fromantin poursuit à travers des congrès ou en apportant son soutien aux autres infirmières, la promotion de la recherche en soins infirmiers, conditions essentielles au développement de pratiques innovantes et à l’amélioration de la prise en charge des patients.