Actualité - Distinction

Le défi d’Alena Shkumatava : passer au crible l’ARN non codant

Anne Coppola
21/02/2019
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La chercheuse Alena Shkumatava vient de se voir attribuer un ERC Proof of concept, un financement du Conseil européen de la recherche. Cette prestigieuse bourse va l’aider à poursuivre ses recherches sur l’ARN non codant, dans l’espoir de découvrir de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le cancer.
Alena Shkumatava

Alena Shkumatava est l’une des soixante lauréats d’une bourse du Conseil européen de la recherche (ERC) Proof of Concept 2018. L’objectif de ce financement européen, qui peut s’élever à 150 000 euros sur 18 mois, est de valoriser les résultats d’un projet de recherche et de mettre en valeur son potentiel d'innovation. En France, quatre candidatures seulement ont été retenues pour 2018. A l’Institut Curie, Alena Shkumatava, a obtenu un financement pour son projet incprint-drug, une "plateforme pour la découverte de médicaments ciblant l’ARN".

Peu de femmes obtiennent des ERC, alors je vais mettre toute ma détermination et mon énergie pour mener à bien mes recherches. D’autant plus qu’il y a une grande tradition de succès pour les femmes, ici, à l’Institut Curie ! C’est un lieu magique et chargé d’histoire : Marie Curie était une femme inspirante pour son époque, elle l’est encore aujourd’hui. 

Alena Shkumatava a installé son propre laboratoire à l’Institut Curie en 2013, dans l’unité Génétique et Biologie du Développement (U934 Inserm / UMR 3215 CNRS). Cette chercheuse biélorusse a un parcours professionnel des plus prestigieux : études de biologie à l’Université de Vienne en Autriche, PhD en génétique et microbiologie à l’European Molecular Biology Laboratory (EMBL) d'Heidelberg en Allemagne et post-doctorat à l’Institut Whitehead pour la recherche biomédicale du Massachussetts Institute of Technology (MIT).

L’objet de ses recherches, c’est l’ARN non codant, c’est-à-dire l’ARN issu de la transcription de l’ADN, mais qui n’est pas traduit en protéines. « Nous avons compris récemment, grâce aux technologies de séquençage, qu’une partie de l’ARN est non codant, explique-t-elle. On sait que tout l’ADN est transcrit en ARN, mais que seulement 1% de celui-ci, donc du génome, code pour des protéines. Ainsi, la plus grande partie (99%) ne code pas pour des protéines, mais on ignore à quoi elle sert… » Ce qui est sûr, c’est qu’il joue un rôle clé dans l’expression des protéines, qu’elles soient normales ou pathologiques. Aujourd’hui, tout l’enjeu est donc de comprendre quel est exactement le rôle de l’ARN non codant.

D’après la littérature scientifique sur le sujet, nous savons qu’il contribue au développement normal, mais aussi à l’apparition des certaines maladies. La question est : joue-il un rôle direct ou indirect sur les protéines et dans quelle mesure ? C’est un sujet passionnant ! 

Grâce à la bourse ERC, Alena Shkumatava va pouvoir aller plus loin et mettre en application une technologie innovante (incPRINT) qu’elle a développée avec son équipe. Il s’agit d’une plateforme qui permet d’identifier, d’observer et de quantifier les interactions entre l’ARN non codant et les protéines à proximité. Car ce sont les mauvaises interactions entre l’ARN et les protéines qui sont source de dysfonctionnements (résistance aux antibiotiques, apparition de pathologies, de cancers, etc.). « La plateforme que nous avons développée est capable d’identifier spécifiquement ces interactions ARN/protéine et nous pouvons le faire rapidement. L’idée, c’est que si on parvient à identifier finement ces interactions, alors on pourra les moduler ou les bloquer et, pourquoi pas, les cibler pour des applications thérapeutiques… », s’enthousiasme la chercheuse. En somme, l’idée est d’établir une sorte de « carte » des interactions de l’ARN avec les protéines. 

Toutes les conditions sont réunies pour mener mon projet dans un environnement stimulant : j’ai la chance de travailler avec des équipes multi-disciplinaires, dans un contexte international et de disposer de tous les moyens techniques nécessaires. 

L’Institut Curie au top des ERC

Depuis 2007, l’Institut Curie a remporté 39 bourses ERC : 19 Starting Grant, 5 Consolidator Grant, 10 Advanced Grant et 5 Proof of Concept.