Actualité - Distinction

Prix transatlantique pour chercheur transdisciplinaire

Céline Giustranti
12/06/2018
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Le 12 juin Yohanns Bellaïche a reçu à l’académie des sciences le Prix de Biologie et Médecine Richard Lounsbery, un prix prestigieux d’une fondation américaine qui récompense ses travaux sur la division cellulaire.
Labo Y Bellaiche

Comment les tissus adoptent-ils leur forme au cours du développement ? Comment la division cellulaire contribue-t-elle aux changements de forme des tissus ?  C’est pour explorer ces questions en émergence que Yohanns Bellaiche a rejoint en 2008 le pôle de Biologie du développement et Cancer de l’Institut Curie. Répondre à ces questions nécessitait de se replonger dans la division cellulaire, étape essentielle au développement et au renouvellement des tissus au cours de laquelle une cellule engendre deux cellules, mais en l’abordant différemment. « Il s’agissait d’intégrer les dernières avancées sur les mécanismes de polarisation cellulaire et d’orientation des divisions des cellules, mais aussi de comprendre comment les comportements cellulaires individuels déterminent collectivement la forme des organes. » explique Yohanns Bellaïche. Depuis lors avec son équipe Polarité, division et morphogenèse (CNRS/Inserm/Institut Curie), il n’a cessé de multiplier les découvertes et ce, notamment grâce à l’apport d’autres disciplines scientifiques à ses recherches. Car ce qui caractérise peut-être le mieux ce biologiste c’est sa capacité à interagir avec des scientifiques d’autres domaines : physiciens, biophysiciens, spécialistes de la microscopie collaborent au sein de son équipe pour mieux comprendre la division des cellules au sein d’un tissu. 

L’art de la division

La division cellulaire est à l’origine de tout forme de vie assurant la multiplication des cellules. Chez les organismes multicellulaires, elle contribue à la croissance et au développement de l’embryon ainsi qu’au maintien des tissus tout au long de la vie. La division cellulaire a été intensément étudier à l’échelle de la cellule unique.  Toutefois au sein d’un tissu de nombreux autres facteurs doivent être pris en compte. En particulier, les caractéristiques physiques telles que les forces existantes au sein du tissu. « Il ne s’agissait plus non seulement d’étudier une cellule individuelle et isolée mais une cellule en étroite interaction avec les autres » précise le biologiste. Et pour prendre en compte l’ensemble de ses aspects, rien de mieux que le regard des autres disciplines. Grâce à son équipe aux multiples compétences, il développe des outils basés sur la physique statistique. La division cellulaire n’est plus alors l’affaire d’une seule cellule, il faut prendre en compte ses plus proches voisines pour l’explorer. Une idée qui va porter ses fruits puisque son équipe montre que les six cellules qui entourent la cellule influent et participent même à sa division. « Elles transmettent des signaux mécaniques à leur voisine en division pour l’aider à se diviser » explique Yohanns Bellaïche. Mais ce n’est pas tout. Via une collaboration avec des chercheurs de l’université de Yale, ils ont établi le lien entre migration et division lors de la réparation des tissus. Pendant que les cellules de tête migrent pour recoloniser la plaie, les cellules en amont se divisent pour accompagner ce mouvement. 

La cellule est donc une entité à l’écoute de son environnement proche et qui s’appuie sur ses consœurs à de nombreux moments. Cette démarche raisonne tout particulièrement pour Yohanns Bellaïche qui a su s’entourer de scientifiques de tous horizons pour aborder la cellule différemment et éclairer d’un jour nouveau la division cellulaire, dont le dérèglement est souvent pointé du doigt comme étant à l’origine du cancer.