Actualité - Immunothérapie

Immunothérapie : les résultats de l’ASCO 2016

Mathilde Regnault
06/06/2016
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Cette année encore l’ASCO, le plus grand rendez-vous mondial de la cancérologie qui s’est déroulé du 3 au 7 juin à Chicago, a fait la part belle à l’immunothérapie et à la médecine de précision. Alors qu’en novembre, l’Institut Curie ouvrira les portes de son Centre d’immunothérapie contre les cancers, les médecins-chercheurs y présentaient leurs dernières avancées dans ce domaine.
Equipe-centre d'immuno

Ce qui a réellement changé la donne dans l’immunothérapie des cancers, c’est la découverte des immuno-modulateurs. Ces molécules vont « déverrouiller » le système immunitaire pour lui permettre de s’attaquer aux cellules tumorales. Il existe en effet une réponse du système immunitaire contre les cancers, mais elle n’est pas assez forte. Il faut donc la stimuler pour lui donner une dimension qui soit à la hauteur de son adversaire. Parmi les molécules capables de débloquer l’action du système immunitaire et ayant déjà fait leur preuve, citons les anticorps anti-CTLA-4 et les molécules ciblées sur PD-1 ou PD-L1. Les molécules anti-PD-1/PD-L1 s’avèrent efficaces dans les mélanomes de la peau, les cancers bronchiques, les cancers ORL, de la vessie, du rein et de l’ovaire. La liste des cancers qui pourraient bénéficier de ces nouvelles thérapies ne cesse de s’allonger.

>> Mélanome de l’uvée

L’Institut Curie est référent national pour la prise en charge des mélanomes de l’uvée. Tant que ce cancer rare est localisé, les traitements standards permettent un bon contrôle local. En revanche, dès lors qu’il a commencé à disséminer, il n’existe aucun traitement efficace pour l’enrayer. Le Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale à l’Institut Curie, a évalué l’efficacité des anti-PD-1 chez 21 patients atteints de mélanome de l’uvée métastatique. Cette première étude ne montre pasd’ activité probante de cette immunothérapie. Toutefois, il n’est pas exclu que les anti-PD1 soient efficaces chez certains patients. Les nouveaux essais cliniques devront s’atteler à mettre en évidence des biomarqueurs spécifiques des patients "répondeurs". 

>> Corticosurrénalomes

Quant au Pr Christophe Le Tourneau, responsable des essais précoces à l’Institut Curie, il a dévoilé les résultats de l'essai de phase I JAVELIN avec l'anti-PD-L1 avelumab chez 37 patients atteints de corticosurrénalomes malins métastatiques qui ont progressé après une première ligne de chimiothérapie. Ce cancer rare survient au niveau des glandes surrénales, au-dessus des reins. Il s’agissait des premières données d’utilisation d’une immunothérapie pour cette localisation tumorale. Les premiers résultats montrent une efficacité chez certains patients avec une bonne tolérance.

>> Anticiper la réponse grâce à l’ADN tumoral circulant

Aujourd’hui, 20 % à 40% des patients traités par ces immunothérapies ont une diminution significative de la taille de leurs lésions tumorales et 10 % à 15 % des patients ont des réponses prolongées. En plus des recherches pour améliorer leur efficacité, l’un des enjeux est d’identifier des biomarqueurs pour savoir rapidement si ces traitements sont efficaces chez les patients.

L’ADN tumoral circulant (ctDNA) est un nouveau biomarqueur quantitatif sanguin, qui permet par une simple prise de sang le suivi des mutations tumorales en cours de traitement. Serait-il possible d’évaluer la réponse aux immunothérapies grâce au ctDNA ? Tel est l’un des objectifs de l’étude ALCINA coordonné par le Dr François-Clément Bidard, oncologue médical. Les patients traités par immunothérapie anti-PD-1 (nivolumab, pembrolizumab) pour des cancers pulmonaires, mélanomes uvéaux et cancer colorectaux à l’Institut Curie ont donc été suivis pour étudier si les variations quantitatives précoces de ctDNA sont prédictives de l’efficacité de ces traitements, dont l’évaluation radiologique est difficile. Les résultats suggèrent que le ctDNA est un biomarqueur prometteur pour le suivi de ces nouveaux traitements.