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Cancer du col de l’utérus : 1er essai européen et 1ers résultats

Céline Giustranti
13/05/2016
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RAIDs, c’est l’acronyme d’un projet, unique en son genre. Financé par la commission européenne et coordonné par le Dr Suzy Scholl de l’Institut Curie, il vise à améliorer la prise en charge des femmes atteintes de cancer du col de l’utérus partout en Europe. L’ensemble des participants était réuni à l’Institut Curie les 6 et 7 avril pour un premier bilan.
Dr Suzy SCHOLL - Recherche Clinique à l'Institut Curie

Recherche Clinique à l'Institut Curie. Dr Suzy SCHOLL, oncologue médical. La recherche clinique désigne l’ensemble des recherches médicales menées sur l’être humain. Elle a pour objectif de faire…

En Europe, ce sont 34 000 femmes qui sont diagnostiquées chaque année pour un cancer du col de l’utérus. En outre la fréquence est plus élevée dans les pays de l’Est en raison d’un déploiement très récent d’une stratégie de dépistage. Autre lacune à combler : l’absence de marqueurs validés pour prédire le risque individuel de rechute pour chaque patiente et choisir un traitement ciblé plus adapté, et cela bien que l’origine de ce cancer – une infection par le papillomavirus (HPV) – soit connue.

« L’essai RAIDs, le 1er essai européen sur les cancers du col de l’utérus, a été conçu pour répondre à ces problématiques. En réalité, RAIDs regroupe plusieurs essais cliniques couvrant les aspects diagnostique, thérapeutique et cognitif, explique sa coordinatrice, le Dr Suzy Scholl de l’Institut Curie. C’est une coopération internationale et multidisciplinaire regroupant des centres hospitaliers académiques, des petites et moyennes entreprises et des plateformes de recherche translationnelle dans 7 pays européens : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Serbie, la Moldavie, la Roumanie, la Hongrie et la France. »

« A un an de l’échéance finale, il est temps de commencer le bilan, déclare Maud Kamal, chef de projet scientifique de RAIDs. C’est dans cet objectif que tous les membres se sont réunis à Paris, à l’Institut Curie les 6 et 7 avril 2016. »

BioRAIDs : identification de biomarqueurs

Alors que la première patiente a été incluse en octobre 2013 à l’Institut Curie qui coordonne le sous-projet BioRAIDs, aujourd’hui plus de 315 patientes sur les 500 escomptées sont incluses. Cet essai vise à identifier des marqueurs de stratification des patientes selon leurs anomalies génétiques. Les 48 premières tumeurs de patientes ont d’ores et déjà été analysées en détail, une cinquantaine sont en cours d’analyse bioinformatique. « L’étude de ces données fait émerger une liste provisionnelle de gènes altérées dans le cancer du col de l’utérus » résume le bioinformaticien Philippe Hupé, ingénieur de recherche CNRS à l’Institut Curie. C’est une première étape vers la proposition de nouveaux outils diagnostiques et la mise en évidence de traitements ciblés plus pertinents.

Traitement : standardiser et innover

Grâce à l’organisation d’ateliers de radiothérapie réunissant 14 membres du consortium, les pratiques des différents centres européens ont pu être comparé et standardisé, pour leplus grand bénéfice des patientes atteintes de ce cancer gynécologique.

Concernant l’immunothérapie, l’essai clinique coordonné par le Pr Gemma Kenter, gynécologue et oncologue au NKI à Amsterdam (Pays-Bas), évaluait l’efficacité d’un vaccin dirigé contre le papillomavirus humain (HPV) de type 16. S’il n’a pas montré de résultats encourageants, un nouvel essai clinique est d’ores et déjà envisagé avec un vaccin, toujours ciblé sur HPV 16, mais plus performant avec un spectre d’action différent.

Poursuivre les recherches

Le centre Erasmus MC à Rotterdam (Pays-Bas) se consacre quant à lui à la mise au point de technologies pour isoler les cellules tumorales circulantes à partir des prélèvements sanguins de patientes. Leur détection pourrait aider à la détermination de la nature du cancer, du risque de récidive, ou encore au choix du traitement le plus adapté et au suivi de la réponse à ce traitement.

L’analyse biologique d’une vingtaine de lignées cellulaire issues de cancers du col de l’utérus a permis de confirmer le rôle majeur de la voie de signalisation d’une enzyme, la PI-3K (phosphoinositide kinase) dans le développement tumoral. L’exploration de cette piste doit se poursuivre car elle permettra peut-être  de comprendre les résistances à certains traitements et de proposer de nouvelles thérapies.

Des études portant sur des lignées cellulaires et des modèles animaux sont également en cours. Ils ont pour objectif d’évaluer l’efficacité préclinique de nouvelles molécules et de combinaisons thérapeutiques. Ainsi l’association de la radiothérapie avec un vaccin anti HPV, couplé à un fragment inoffensif de la toxine de Shiga, (qui possède la capacité de se fixer notamment sur certaines cellules de tumeur de col de l’utérus), a fait l’objet d’un brevet entre l’Institut Curie et Gustave Roussy. A terme, elle pourrait constituer un bon vecteur pour transporter des thérapies au siège tumoral.

Ces études précliniques sont coordonnées par des équipes de l’Inserm à Paris et à Grenoble et par le laboratoire du Pr Eric Deutsch à Gustave Roussy.

« Les pistes explorées sont nombreuses et variées, déclare Maud Kamal, chef de projet scientifique de RAIDs, qui ne doute pas que des avancées importantes pour les patientes découleront de ce vaste projet européen.

« Grâce à cet effort collectif de recherche, de nouveaux biomarqueurs, voire une ou plusieurs nouvelles thérapies ciblées devraient voir le jour et ainsi améliorer la prise en charge des femmes atteintes de cancer du col de l’utérus, se réjouit Suzy Scholl. Le projet RAIDs devrait permettre de faire un pas conséquent dans la prise en charge de ces femmes et ainsi commencer à enrayer ce problème de santé publique que constitue le cancer du col de l’utérus, notamment dans les pays ou le dépistage gynécologique est moins répandu, particulièrement pour certains pays de l’Europe de l’est. »