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Cancer du sein : les acteurs de la propagation des tumeurs dans les ganglions identifiés

Anne-Laure Lebrun
29/06/2020
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L’invasion des ganglions lymphatiques est, généralement, un marqueur de mauvais pronostic du cancer du sein. Les cellules cancéreuses se propageraient et résisteraient en détournant le système immunitaire. C’est ce que révèle pour la première fois l’équipe d’Eliane Piaggio de l’unité Inserm « Immunité et cancer » et cette découverte, qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles immunothérapies.
Eliane Piaggio

Le système lymphatique est un constituant essentiel du système immunitaire. Les ganglions, centres de collecte de la lymphe, renferment de nombreux types de cellules immunitaires chargées d’éliminer les agents pathogènes, les cellules endommagées mais aussi les cellules cancéreuses.

Malheureusement, il arrive que les ganglions ne réussissent pas à les détruire. Les cellules tumorales peuvent alors se disséminer ailleurs dans l’organisme. Dans le cadre du cancer du sein, les ganglions axillaires sont les premiers touchés. La mise en évidence de leur invasion conditionne la suite des traitements. Mais que se passe-t-il dans ces minuscules organes lorsque la tumeur les envahit ? Pourquoi le système immunitaire n’arrive-t-il pas à s’en débarrasser ? Serait-il possible d’agir pour freiner la propagation du cancer ?

Pour répondre à ces questions, Eliane Piaggio, directrice de l’équipe « Immunothérapie Translationnelle » de l’unité Inserm « Immunité et Cancer » à l’Institut Curie, et ses collègues ont étudié des ganglions envahis et non envahis ainsi que des tumeurs prélevées chez des patientes atteintes d’un cancer du sein. Publiés dans Nature Communication, leurs résultats décrivent, pour la première fois, le rôle des lymphocytes T régulateurs (LTrég) dans les ganglions lymphatiques.

 

Cette sous-population de lymphocytes T est indispensable à l’homéostasie du système immunitaire. Elle contrôle et régule les réactions immunitaires pour maintenir la tolérance du soi. Ainsi, elle prévient l’emballement des autres cellules immunitaires. Mais dans le cas du cancer, on s’est aperçu qu’elle atténuait l’immunité tumorale, et favorisait la propagation du cancer.

Explique Eliane Piaggio, directrice de l’équipe « Immunothérapie Translationnelle ».

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Par le passé, il a, en effet, été démontré que les tumeurs détournent le système immunitaire, et en particulier les LTrég : leur activité devient excessive et empêche les globules blancs de détruire les cellules cancéreuses.

Une action pro-tumorale que ces lymphocytes exercent également dans les ganglions lymphatiques, selon les travaux d’Eliane Piaggio.

 

Dès que le ganglion est métastatique, il y a une augmentation des lymphocytes T régulateurs. Nous avons même découvert que les cellules présentes dans la tumeur et celles retrouvées dans les ganglions sont issues du même clone, ce qui signifie qu’elles partagent des informations communes mais surtout expriment des molécules uniques.

Détaille la Eliane Piaggio.

En effet, en analysant le transcriptome des LTrég tumoraux et ganglionnaires, les chercheurs ont identifié une molécule unique : le marqueur CD80. Cette protéine pourrait devenir une cible thérapeutique intéressante et ouvrir la voie au développement d’une nouvelle immunothérapie. L’objectif serait alors d’éliminer les lymphocytes régulateurs pour débloquer l’action du système immunitaire contre la tumeur.

 

Cibler ces cellules pourrait être une solution pour toutes les tumeurs cancéreuses. Mais chaque tumeur est différente, et il en va de même pour les LTrég. Il faut donc identifier à chaque fois la cible moléculaire et développer un anticorps spécifiquement dirigé contre elle. C’est de la médecine de précision.

Souligne Eliane Piaggio, qui réalise actuellement des travaux similaires chez des malades du cancer du poumon.

 

Référence :

Tumor invasion in draining lymph nodes is associated with Treg accumulation in breast cancer patients. Nicolas Gonzalo Núñez, Jimena Tosello Boari, Rodrigo Nalio Ramos, Wilfrid Richer, Nicolas Cagnard, Cyrill Dimitri Anderfuhren, Leticia Laura Niborski, Jeremy Bigot, Didier Meseure, Philippe De La Rochere, Maud Milder, Sophie Viel, Delphine Loirat, Louis Pérol, Anne Vincent-Salomon, Xavier Sastre-Garau, Becher Burkhard, Christine Sedlik, Olivier Lantz, Sebastian Amigorena & Eliane Piaggio. Nature Communications volume 11, Article number: 3272 (2020)

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