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Nanoparticules et radiothérapie : cocktail gagnant contre le cancer

Anne Coppola
21/07/2019
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Spécialiste des sarcomes des tissus mous, la chirurgienne Sylvie Bonvalot est l’investigateur principal d’un essai clinique basé sur l’utilisation de nanoparticules NBTXR3 développées par Nanobiotix. Leur intérêt ? Elles démultiplient les effets de la radiothérapie et augmentent la destruction tumorale.
Dr Sylvie Bonvalot

Cet essai de phase II/III dont les résultats viennent d’être publiés dans The Lancet Oncology valide le mode d'action des nanoparticules d’hafnium injectées avant une radiothérapie. Et ouvre potentiellement un vaste champ d'applications cliniques dans le sarcome des tissus mous et peut-être dans d'autres cancers. Il offre en outre la possibilité d’étendre l’utilisation de la radiothérapie, souvent limitée en raison de l’impossibilité d’augmenter la dose ou de la proximité d’organes sensibles.

Démultiplier l’effet de la radiothérapie

Ces nanoparticules d’hafnium (NBTXR3), développées par la société de biotechnologie française Nanobiotix, présentent l’intérêt de démultiplier les effets des rayons et ainsi d’augmenter la destruction tumorale. Concrètement, une fois injectées dans la tumeur, les nanoparticules démultiplient l’effet des rayonnements sans atteindre les tissus avoisinants. Les rayons interagissent avec l’hafnium en générant neuf fois plus de radicaux libres que lors de la radiothérapie « normale » et ces derniers détruisent les cellules tumorales : l’effet est donc purement physique.

Les résultats de cet essai randomisé international de phase II/III chez 176 patients atteints de sarcomes des tissus mous sont encourageants : l’addition pré-opératoire de nanoparticules d’hafnium améliore les résultats de la radiothérapie. Et ce de manière très efficace puisque deux fois plus de patients (16% vs 8%) obtiennent une réponse pathologique complète (taux de patients présentant moins de 5 % des cellules cancéreuses résiduelles viables dans la tumeur, post traitement) avec les nanoparticules NBTXR3 comparé au bras contrôle.

Ces données sont exceptionnelles et montrent sans le moindre doute une amélioration du traitement par radiothérapie avec un nombre significatif de réponses complètes. Les nanoparticules NBTXR3 peuvent changer le standard de soin. Cette innovation va jouer un rôle dans de nombreuses autres indications et particulièrement celles où la radiothérapie est utilisée seule. On peut aussi envisager de diminuer la dose de radiothérapie avec le même résultat ce qui peut être utile dans les indications de ré-irradiation ou en pédiatrie

souligne la chirurgienne.

Parmi les autres critères étudiés figure le statut des marges de résection qui évalue la qualité de la chirurgie. L’objectif principal est d’obtenir des marges « propres », c’est-à-dire qu’on ne trouve plus de cellules cancéreuses sur les bords de la tumeur opérée, ce qui peut impacter la rechute potentielle et la survie des patients. Ce taux est significativement amélioré dans le groupe qui a reçu les nanoparticules. Enfin, aucun événement indésirable supplémentaire ou nouveau lié aux radiations n'a été observé dans le groupe NBTXR3.

Les perspectives pour les autres cancers sont tout aussi prometteuses. Comme l’explique Sylvie Bonvalot : 

On montre déjà, à dose équivalente, une réponse supérieure avec NBTXR3. Les sarcomes étant des tumeurs peu radiosensibles, on peut s’attendre à des avancées majeures pour les autres cancers.

Ces nanoparticules sont également évaluées dans les tumeurs ORL, dans un essai précoce de phase I, coordonné par le Pr Christophe Le Tourneau, oncologue médical, chef du Département d’Essais Cliniques Précoces (D3i) à l’Institut Curie. Au congrès de l’ASCO 2019, il avait partagé avec la communauté médicale des résultats encourageants : chez 9 patients sur 13, la tumeur avait disparu après l’injection au sein de la tumeur, avant la radiothérapie, des mêmes nanoparticules d’hafnium.

Les sarcomes des tissus mous se développent dans les tissus de soutien qui relient les différentes structures du corps ou constituent la paroi des organes. Ils peuvent donc survenir dans de nombreuses parties de l’organisme. Le traitement de référence de ces tumeurs au stade initial est la chirurgie.

Elle peut être très lourde : les tumeurs à retirer sont en effet généralement très volumineuses, car restées longtemps asymptomatiques. Quand les tumeurs se développent dans l’abdomen, il est même parfois nécessaire d’enlever des organes avoisinants pour éviter les rechutes 

explique Sylvie Bonvalot. Afin de d’améliorer les résultats du geste opératoire, une radiothérapie peut être pratiquée avant la chirurgie pour stériliser les alentours et diminuer le risque de rechute.
 

En savoir plus

Bonvalot, S., Rutkowski, P. L., Thariat, J., Carrère, S., Ducassou, A., Sunyach, M. P., ... & Moreno, V. (2019). NBTXR3, a first-in-class radioenhancer hafnium oxide nanoparticle, plus radiotherapy versus radiotherapy alone in patients with locally advanced soft-tissue sarcoma (Act. In. Sarc): a multicentre, phase 2–3, randomised, controlled trial. The Lancet Oncology.