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- Recherche clinique, parité à l’hôpital : retour sur les rencontres hospitalières des partenaires de l’Institut Curie 2026
Le 3 juillet 2026, l’Ensemble hospitalier a organisé sa troisième édition des rencontres hospitalières des partenaires de l’Institut Curie. Rassemblant près de 20 établissements hospitaliers franciliens, cette journée a permis le partage d’expériences et de réflexions communes autour de l’attractivité à travers deux thèmes : la recherche clinique et la parité à l’hôpital.
Le médecin-chercheur, un trait d’union entre la recherche et le soin
La journée des partenaires s’est ouverte par l’intervention du Dr Manuel Rodrigues, oncologue, chef du service de Gynécologie, chef de l’équipe Réparation de l’ADN et mélanome uvéal (D.R.U.M) (INSERM / CNRS) à l’Institut Curie qui a rappelé le rôle essentiel du médecin-chercheur. A la croisée du soin et de la recherche, il incarne un véritable trait d’union entre les équipes cliniques et les chercheurs, favorisant les échanges et le développement de projets innovants. Il souligne que « cette dynamique collaborative constitue une richesse pour l’institution et contribue à accroitre sa visibilité et à renforcer son attractivité, notamment auprès des jeunes professionnels, séduits par un environnement où l’innovation et la recherche occupent une place centrale ».
La recherche clinique, un levier stratégique d’attractivité
C’est autour de ce thème que se sont réunis les intervenants de la première table ronde des rencontres hospitalières des partenaires de l’Institut Curie, animée par le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier. Dans un contexte marqué par la première déclaration du G7 consacrée au cancer, qui place la recherche au cœur de la lutte contre la maladie, les participants ont rappelé que la recherche clinique ne peut plus être pensée comme une activité parallèle aux soins.
Pour le Dr Delphine Loirat, oncologue, chef de département adjoint, chef de l'unité d’Investigation clinique à l’Institut Curie, « la recherche clinique doit être intégrée dans les parcours de soins. Elle nécessite un temps médical protégé, mais aussi une véritable culture hospitalière où chacun se sent concerné. » Même constat du côté de l’AP-HP, Milan Lazarevic, directeur de la Recherche clinique, de l'innovation et des relations avec les universités et les organismes de recherche, insiste sur trois conditions indispensables au développement de cette activité : « Dédier du temps à la recherche, mobiliser des ressources spécifiques et simplifier les circuits administratifs ». Les équipes de l’Hôpital national des 15-20 rappellent toutefois que cette ambition se heurte à la réalité du terrain : saturation des consultations, manque de personnel dédié : « l’antagonisme entre le volume d’activité courante et la recherche reste notre principal frein, » résument les Pr Antoine Rousseau et Marc Labetoulle, ophtalmologues à l'Hôpital national des 15-20.
Les intervenants ont souligné les atouts de la proximité avec la recherche fondamentale : « l’avantage de nos institutions c’est la possibilité de travailler en étroite collaboration avec nos chercheurs fondamentaux, » souligne le Dr Mariana Mirabel, cardiologue à l'Institut Montsouris.
La montée en puissance des établissements privés dans la recherche clinique a également nourri les échanges. Pour les intervenants, cette évolution ne constitue pas nécessairement une menace mais oblige les établissements à renforcer leur attractivité. « Que davantage d’établissements participent à la recherche est plutôt une bonne chose pour les patients et leur accès à l’innovation, » estime Milan Lazarevic. Dans certaines spécialités très expertes, comme l’oncologie ophtalmologique, la situation reste différente. « Notre expertise constitue aujourd’hui notre meilleure protection, » soulignent les Pr Rousseau et Labetoulle, tout en rappelant que la coopération avec des structures privées existe déjà pour certains essais.
Tous les intervenants ont partagé une même conviction : la recherche clinique doit devenir l’affaire de l’ensemble des équipes hospitalières. « L’objectif est de retrouver une véritable culture de la recherche », pour le Dr Delphine Loirat, cela suppose d’impliquer davantage les jeunes médecins. Pour faire évoluer cette situation, plusieurs pistes ont été évoquées : ouvrir davantage les plateformes de recherche clinique aux internes, associer les jeunes praticiens à la rédaction des protocoles et leur confier de véritables responsabilités scientifiques.
Au fil des échanges, un consensus s’est dégagé : la recherche clinique constitue un puissant levier d’attractivité, d’innovation et d’amélioration de la qualité des soins. Mais son développement repose sur une mobilisation collective, des moyens dédiés et une culture partagée par l’ensemble des professionnels de santé.
Promouvoir la parité à l’hôpital, un enjeu partagé d’attractivité et de gouvernance
Anne-Claire De Reboul, directrice adjointe de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie a rappelé l’ampleur des défis à travers les chiffres du baromètre Ipsos : 78% des femmes déclarent avoir subi des discriminations liées à leur genre au cour de leur carrière, tandis que seules 37% des femmes de moins de 45 ans souhaitent des postes à responsabilités contre 54% pour les hommes du même âge.
Pour Albane Trihan, directrice en charge de l’Egalité professionnelle à l’AP-HP, ces écarts s’expliquent par une combinaison de freins : « le syndrome de l’imposteur, les difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle ». L’AP-HP développe ainsi plusieurs dispositifs d’accompagnement, comme le podcast « Santé vous légitimes », des groupes de travail et formations destinés à préparer les femmes à l’accès aux postes à responsabilités.
L’accompagnement est également au cœur des actions menées à l’Institut Curie. Le Dr Florence Coussy, gynécologue, vice-présidente de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’Institut Curie, a présenté un plan d’actions construit à partir d’une enquête auprès des médecins et pharmaciens : mentorat, objectifs de parité dans les instances, transparence des nominations universitaires, formation aux violence sexistes et sexuelles (VSS) et réflexion sur la transparence salariale figurent parmi les leviers identifiés. « Pour prévenir les violences sexistes et sexuelles, il y a tout un environnement qu’il faut savoir favoriser, » a souligné Dr Diane Petter, directrice générale de la direction commune hospitalière du GHT Yvelines Nord.
La qualité de vie au travail est apparue comme une condition indispensable à l’égalité professionnelle. Adaptation des horaires, soutien à la parentalité, solutions de garde d’enfants : autant d’initiatives présentées par les établissements.
Enfin, « la parité ne se résume pas à l’organigramme, la responsabilité va plus loin que l’équité entre les collaborateurs. Elle va jusqu’à l’équité dans ce que reçoivent nos patients et nos patientes. La vraie parité à l’hôpital, c’est aussi se demander si une femme qui pousse la porte de nos urgences avec un infarctus atypique sera reconnue aussi vite qu’un homme. Tant que la réponse n’est pas un oui franc, le travail n’est pas fini, » a souligné Sylvie Escalon, directrice du développement de l’Hôpital Foch.
En conclusion, un message a fait consensus : accélérer l’égalité professionnelle ne pourra se faire qu’en mobilisant l’ensemble des acteurs pour faire évoluer durablement les pratiques hospitalières. « Embarquez les hommes ! » a ajouté le Dr Antoine Gros, réanimateur, président de la CME du centre hospitalier de Versailles.

