D3i

L'essor de la médecine de précision

Emilie Gillet
02/09/2019
Partager
Si ces essais sont de plus en plus nombreux, c’est parce qu’il y a beaucoup de nouveaux médicaments à évaluer.

En effet, avec le développement ces dernières années de la médecine de précision, qui permet de définir des caractéristiques moléculaires des cancers, les chercheurs ont découvert de nombreuses nouvelles cibles contre le cancer. Il ne s’agit plus désormais de combattre un cancer uniquement en fonction de sa localisation et de son stade de développement, mais bien de prendre aussi en compte ses caractéristiques moléculaires. En les analysant à partir d’un prélèvement tumoral voire d’une prise de sang, il est désormais possible d’orienter le patient vers une thérapie ciblée ou une immunothérapie lorsqu’elle existe.

Dans ce domaine de la médecine de précision, l’essai précoce SHIVA01, promu par l’Institut Curie et financé par la générosité du public, a marqué un réel tournant. Lancé en 2012 dans plusieurs centres de lutte contre le cancer, c’est le premier essai comparatif au monde dans lequel un traitement choisi exclusivement en fonction du profil moléculaire du cancer indépendamment de sa localisation a été comparé aux traitements classiques. S'il n’a pas été efficace pour augmenter la durée de vie des malades par rapport aux traitements standard, l’essai a cependant permis de démontrer la faisabilité de cette approche : la réalisation de la carte génétique des cancers des patients en moins d’un mois. Un essai SHIVA02 a donc pu être initié dès 2016, avec cette fois un objectif plus précis : valider cette approche de médecine de précision dans un sousgroupe des patients porteurs d’une tumeur présentant une altération moléculaire affectant une voie plus spécifique.

Prendre en charge des patients qui participent à un essai de phase précoce n’est pas si différent de la prise en charge d'un autre patient. Pour ce nombre restreint de patients en échec thérapeutique, c'est une ”chance” de pouvoir participer à une étude clinique. Comme ils disent : “Nous n'avons rien à perdre, tout à gagner, pour nous, pour les autres…Ce qui est très important dans notre travail, c’est de nous adapter à la rigueur et aux exigences réclamées par le protocole. Malgré les contraintes et peut-être les risques que cela implique, cela signifie que les patients doivent prendre le traitement évalué exactement comme cela a été prévu. À nous d’installer un climat de confiance, avec professionnalisme, compassion et pertinence, pour que leur collaboration soit optimale ! 

Nathalie Guenard, infirmière au Département D3i de l'Institut Curie