La protonthérapie pour traiter les mélanomes de l’œil

Marie Colcombet
28/01/2020
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La protonthérapie est un traitement conservateur qui permet d’irradier avec précision certaines tumeurs cancéreuses de l’œil. L’Institut Curie possède une expertise unique en la matière.
consult ophtalmo

En France, l’Institut Curie est l’un des deux seuls établissements à pouvoir mettre en œuvre la protonthérapie pour le traitement des mélanomes de l’uvée : depuis son ouverture en 1991, le Centre de protonthérapie d’Orsay a déjà traité plus de 7 000 patients pour des cancers de l’œil. Chaque année, sur les 500 à 600 mélanomes de l’œil diagnostiqués, 70 % sont traités par protonthérapie, ce qui permet de conserver le globe oculaire des patients et de préserver en partie leur vision. La protonthérapie est une forme de radiothérapie ultra-précise, basée sur un faisceau de protons au lieu des photons classiquement utilisés. Elle permet d’épargner au maximum les tissus sains avoisinant la tumeur, au premier titre desquels le cerveau !

Le plus souvent, les mélanomes de l’uvée sont situés au niveau de la choroïde, cette membrane comprise entre la rétine et le blanc de l’œil appelé sclère. Leur traitement se déroule en général en 3 étapes.

La première consiste à établir un diagnostic précis, et à faire éventuellement un prélèvement pour mieux la caractériser sur le plan biologique. La deuxième, c’est une opération chirurgicale afin de poser dans l’œil des clips qui vont servir de repères pour irradier précisément la tumeur

explique le Dr Rémi Dendale, responsable du centre de protonthérapie de l’Institut Curie.

Ces clips sont en tantale, un métal non ferromagnétique, ce qui ne gênera pas la réalisation d’IRM par la suite.

La troisième étape, le traitement en lui-même, se déroule ensuite sur une semaine.

Le patient est assis sur une chaise robotisée, avec un masque thermoformé sur le visage. Ces équipements sont indispensables pour immobiliser parfaitement le corps et la tête, et en même temps pouvoir déplacer le patient, et donc son œil avec une précision de 0,1 mm afin de placer la tumeur exactement en face du faisceau de protons qui sort de l’accélérateur de particules. Des écarteurs maintiennent les paupières ouvertes mais ce n’est pas douloureux grâce au collyre anesthésiant 

décrit le médecin

Le premier jour, des clichés d’imagerie médicale sont pris pour repérer les clips et modéliser l’œil et la tumeur en 3D, et calculer ainsi précisément le faisceau nécessaire pour la traiter. Un tir de simulation est aussi effectué. Puis la tumeur sera irradiée durant 60 secondes environ, lors de quatre séances de traitement sur quatre jours consécutifs.

Si la tumeur est relativement grosse, la nécrose des tissus peut ensuite provoquer une inflammation qui peut léser la vision. Pour certains patients, une opération chirurgicale est donc nécessaire dans les deux mois qui suivent le traitement pour enlever la cicatrice tumorale. 

précise le Dr Dendale

La protonthérapie est extrêmement efficace : dans 95 à 98 % des cas, elle permet un contrôle local de la tumeur, et le risque de récidive à 10 ans est donc extrêmement faible alors que le mélanome de l’uvée est une tumeur assez agressive