Sarcomes d’Ewing: sur la piste épigénétique

Mathilde Regnault
17/10/2018
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Les tumeurs d’Ewing impliquent des altérations génétiques, qui elles-mêmes impliquent des modifications épigénétiques. Au Congrès de l’ESMO, Olivier Delattre, spécialiste de ces cancers à l’Institut Curie, invitera la communauté scientifique et médicale à explorer davantage ce sujet.
Dr Olivier Delattre

Olivier Delattre, directeur de l'unité Génétique et biologie des cancers - Institut Curie / Inserm U830.

Les sarcomes d’Ewing sont des cancers rares de l’os, qui affectent les enfants et les jeunes adultes. L’Institut Curie est un centre de référence pour le diagnostic de ces maladies – grâce à son expertise scientifique – et pour la prise en charge des patients – grâce à son unité d’hospitalisation dédiée aux adolescents et jeunes adultes.

Les anomalies génétiques en cause dans ces cancers sont relativement simples. Il s’agit principalement d’une translocation, qui déplace un fragment d’ADN dans un tout autre endroit du génome, dans un autre gène, sur un autre chromosome. Cette aberration génétique donne naissance à une protéine dite chimérique, tout aussi aberrante, qui se fixe sur des séquences d’ADN particulières puisqu’il s’agit de répétitions du motif GGAA. Le nombre de répétitions de ces séquences est très variable d’un individu à l’autre, et en particulier d’un patient à l’autre. La fixation de la protéine chimérique sur ces séquences modifie leur contexte épigénétique de façon dépendante du nombre d’unités de répétition. Ainsi une altération génétique relativement simple débouche sur des modifications épigénétiques très variables d’un patient à l’autre. « On essaye de comprendre comment ces modifications épigénétiques pourraient influencer l’apparition de métastases, la résistance du cancer aux traitements ou le risque de rechute. Cela pourrait permettre d’adapter les traitements. On sait aussi que cette maladie est bien plus fréquente dans les populations européennes qu’africaines. Il y a déjà des études sur ces variabilités mais les liens avec les aspects cliniques restent à démontrer. Et, parce que ces cancers sont rares, ils sont difficiles à étudier. Il faut que les hôpitaux gardent des échantillons de tumeurs pour la recherche, qu’ils participent à des collaborations internationales pour qu’on ait une plus grande précision statistique dans nos observations et il faut qu’ils utilisent des techniques de séquençage de l’ADN particulières pour étudier de longs fragments d’ADN », détaille Olivier Delattre. Il fera donc passer ce message à ses collègues lors du grand Congrès annuel de l’European Society for Medical Oncology le 22 octobre à Munich.

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