Sarcomes rétropéritonéaux : les bénéfices d’une radiothérapie

Valérie Devillaine
20/05/2019
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L’Institut Curie est le 1er en France pour la prise en charge des sarcomes rétropéritonaux. Le Dr Sylvie Bonvalot, chirurgienne à l’Institut Curie, a coordonné une étude mondiale exceptionnelle concernant le traitement de ces cancers. Elle en présente les principaux résultats au Congrès de l’ASCO : certains patients pourraient tirer avantage d’une radiothérapie, en amont de la chirurgie de leur tumeur.
Sylvie Bonvalot

Les sarcomes sont des cancers rares. On en compte à peu près 5 000 par an en France. Les sarcomes rétropéritonéaux, un sous-type de ces cancers, sont encore moins nombreux : environ 500 cas annuels. C’est donc peu comparé aux quelque 50 000 cas de cancers du sein ou de la prostate, mais pour les patients, c’est un problème majeur, car il y a peu de traitements validés actuellement.

Les sarcomes rétropéritonéaux se développent dans l’abdomen, au contact ou aux dépends de différents organes comme les reins, le côlon ou encore certains muscles. Ils constituent des masses importantes, car ils deviennent symptomatiques très tardivement. Jusqu’à présent, le traitement standard de ces cancers était la chirurgie seule, pour une tumeur initiale.

La taille moyenne de ces tumeurs, au moment du diagnostic, est de 25 cm, et il n’est pas rare d’opérer des sarcomes abdominaux de 30 ou 40 cm

explique Sylvie Bonvalot, chirurgienne spécialiste de ces cancers à l’Institut Curie. L’enjeu est donc de retirer toute la tumeur en un bloc ainsi que des marges saines tout autour pour éviter de laisser quelques cellules cancéreuses dispersées. Mais malgré toutes les précautions et l’expertise des chirurgiens, même dans les centres spécialisés, le taux de récidive locale de ces cancers reste de l’ordre de 30 % dans les cinq ans qui suivent la chirurgie. Et certains de ces cancers récidivent plus tard encore.

On a déjà montré à l’ASCO l’an passé, grâce à une étude nationale, que la prise en charge chirurgicale dès le début dans un centre expert « sarcomes » améliore la survie globale

souligne encore Sylvie Bonvalot.

Elle et ses collègues européens et américains cherchent à améliorer l’efficacité des traitements. Mais mener des essais cliniques sur des cancers aussi rares est particulièrement difficile puisqu’il faut réunir suffisamment de patients répondant aux bons critères, et d’accord pour participer, pour obtenir des résultats pertinents. Il aura ainsi fallu 5 ans, de 2012 à 2017, pour inclure 266 patients présentant un sarcome rétropéritonéal initial, dans ce premier essai randomisé mondial pour ce cancer, grâce à la collaboration d’une trentaine de centres en Europe, aux États-Unis et au Canada, avec le soutien de l’EORTC, European Organisation for Resarch and Treatment of Cancer. La moitié des patients ont reçu le traitement standard, une chirurgie seule, l’autre moitié a reçu une radiothérapie dite néoadjuvante, c’est-à-dire avant la chirurgie, dans l’espoir d’affaiblir un maximum de cellules cancéreuses avant de retirer la tumeur. Deux ans après les derniers traitements, il est temps d’en tirer le bilan. Sylvie Bonvalot, qui a coordonné l’ensemble de cet essai, en présente donc les résultats lors de la session orale consacrée aux sarcomes au Congrès de l’ASCO.

Pour l’instant, cette combinaison radiothérapie-chirurgie n’a pas apporté d’avantage significatif à l’ensemble des patients, toutes variétés de sarcomes rétropéritonéaux regroupées. Mais ceux souffrant de liposarcomes (des sarcomes issus de cellules graisseuses) en particulier ont vu leur taux de rechute locale divisé par deux. On a aujourd’hui un recul médian de 43 mois et on sait que nombre de rechutes sont tardives dans cette maladie. En continuant à observer les rechutes éventuelles dans les années à venir, on pourra peut-être avoir une meilleure évaluation des résultats de la radiothérapie sur la population entière de l’étude. En attendant, ces résultats vont déjà permettre aux cliniciens de mieux choisir les patients qui peuvent bénéficier d’une radiothérapie pré-opératoire

détaille le Dr Bonvalot

Présentation à l’ASCO lundi 3 juin à 8h30 (heure locale)

 

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