Actualité - AACR

Mieux connaître et cerner le cancer

Valérie Devillaine
11/04/2018
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Les progrès en immunologie et génomique font apparaître de nouveaux moyens de s’attaquer aux cancers. La preuve avec trois recherches présentées par l’Institut Curie au Congrès annuel de l’American Association for Cancer Research, qui se déroule à Chicago du 14 au 18 avril.
AACR - espoirs pour les traitements du cancer de demain

Cancers du col de l’utérus : premiers résultats de l’étude prospective

L’Allemagne, les Pays-Bas, la Serbie, la Moldavie, la Roumanie, la Hongrie et la France ont joint leurs efforts pour identifier des pistes thérapeutiques innovantes contre les cancers du col de l’utérus avec le projet européen RAIDs coordonné par le Dr Suzy Scholl à l’Institut Curie. BioRAIDs est la première étude prospective européenne avec collecte d’échantillons et analyses moléculaires. Maud Kamal, Manager scientifique à l’Institut Curie, présente les premiers résultats de cette étude lancée en 2012 dans 7 pays européens grâce à un financement de la Commission européenne (6 millions d’euros). Ils sont consolidés et enrichis par deux autres travaux portant sur des patientes américaines, norvégiennes et mexicaines. Il apparaît ainsi que les taux de mutations ainsi que les profils d’expression des protéines observés dans l’étude RAIDs sont très similaires à ceux observés aux États-Unis, tandis que les anomalies génétiques sont plus nombreuses chez les patientes norvégiennes et mexicaines. L’étude RAIDs a aussi mis en évidence des anomalies des gènes MLL2 et MLL3, ajoute Maud Kamal, ce qui est intéressant car ces gènes sont impliqués dans des régulations épigénétiques qui peuvent être la cible de traitements personnalisés. Au total, l’étude RAIDs, prospective, dispose de données cliniques précises sur 419 patientes, suivies pendant 18 mois dans 18 centres différents, ce qui laisse présager d’autres résultats à venir.

La photothérapie contre le rétinoblastome

De nouveaux moyens de lutte contre le cancer font encore leur apparition, le plus souvent en complément de traitements classiques. C’est le cas de la thérapie photodynamique, qui consiste à amplifier l’efficacité de certains médicaments sous l’effet de la lumière. Depuis une vingtaine d’années, un groupe de molécules, les porphyrines, "activables" par la lumière, ont montré une bonne efficacité dans de tels traitements des tumeurs. Les chercheurs de l’Institut Curie ont donc envisagé cette stratégie contre le rétinoblastome, un cancer rare de l’œil qui touche les jeunes enfants. Pour cela, ils ont synthétisé une nouvelle molécule, le TPP, cousine de la porphyrine. Keyvan Rezai, pharmacologue, a pu établir, chez l’animal, le délai optimal entre l’injection du TPP et l’administration du traitement lumineux qui l’activera, de manière à ce que la quantité de TPP soit maximale au niveau de l’œil. Les chercheurs ont aussi mis en évidence l’absence de toxicité in vitro de cette molécule, ainsi que l’efficacité du traitement sur des échantillons de tumeurs humaines greffées chez l’animal. Voici donc franchies de nouvelles étapes cruciales dans la mise au point de ce futur traitement.

Mélanome uvéal : l’espoir de traitements ciblés

L’Institut Curie est centre de référence pour le mélanome uvéal, une autre tumeur de l’œil, la plus fréquente chez l’adulte. À un stade métastatique, le pronostic de ce cancer reste très mauvais. Mais les découvertes récentes en génomique de ces cancers ont fait apparaître la possibilité d’utiliser certains traitements ciblés. "Plusieurs mutations ont été identifiées dans plusieurs voies et il faut agir à différents niveaux pour contrer les mécanismes de résistance aux traitements", explique Didier Decaudin, auteur de ces résultats. L’Institut Curie vient donc de tester, dans le cadre d’un partenariat avec le laboratoire AstraZeneca, de nouvelles combinaisons de traitements sur des mélanomes intraoculaires humains greffés chez l’animal. Il apparaît ainsi potentiellement intéressant de combiner entre elles diverses thérapies dites ciblées, comme par exemple le selumetinib, l’AZ6197 et l’AZD2014 qui bloquent différentes voies de signalisation affectées par la maladie, offrant ainsi de nouvelles approches thérapeutiques prometteuses pour contrôler la maladie. "Aux médecins désormais de prendre le relais et de réunir les conditions nécessaires à la mise en œuvre d’un essai clinique utilisant une telle stratégie", conclut-il.