Actualité - Cancers digestifs

Cancer canal anal : des pistes pour améliorer la prise en charge des formes avancées

Céline Giustranti
24/06/2016
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L’Institut Curie est un centre spécialisé dans la prise en charge de tumeurs rares comme les tumeurs du canal anal. Parmi ses missions : améliorer la prise en charge, mais aussi la recherche sur ces tumeurs parfois négligées en raison de leur rareté.
Dr Wulfran Cacheux

Dr Wulfran Cacheux, gastroentérologue et oncologue digestif à l’Institut Curie

Chaque année, plus de 1000 personnes ont un diagnostic de cancer du canal anal (ou cancer de l'anus). Dans la majorité des cas, ces tumeurs sont repérées à un stade précoce. Le traitement de référence est la radiothérapie pour les stades précoces et la radiochimiothérapie pour les formes plus avancées localement. "Mais environ 20 % des patients vont récidiver après cette séquence thérapeutique. Aujourd’hui, la seule solution de recours à notre disposition est de proposer une chirurgie radicale et délabrante, avec ablation du sphincter anal et donc mise en place d'une colostomie définitive, déplore le Dr Wulfran Cacheux, gastroentérologue et oncologue digestif à l’Institut Curie. Aucune alternative thérapeutique n’est disponible à ce jour et, en prime, nous ne savons pas identifier les patients chez qui la tumeur ne va pas répondre au traitement proposé."

Du profil moléculaire aux pistes thérapeutiques

Pour mieux comprendre cette pathologie rare, les médecins-chercheurs de l’Institut Curie ont donc analysé les profils génétiques de 148 prélèvements tumoraux. A ce jour, c’est la plus grande cohorte de tumeurs du canal anal jamais étudiée avec l'intégralité des données cliniques disponibles. "Nous avons observé des mutations du gène PIK3CA chez plus de 20 % des patients, révèle Ivan Bièche, pharmacien biologiste, maître de conférence en génétique à l’université René-Descartes, co-auteur de cette étude. Ces mutations sont en outre associées à un mauvais pronostic chez les patients ayant subi la chirurgie radicale de recours après récidive tumorale dans les suites d'une radiothérapie ou d’une radiochimiothérapie." Au-delà de sa valeur pronostique, cette découverte ouvre aussi des perspectives thérapeutiques. Plusieurs inhibiteurs de la voie PI3K/Akt/mTor sont en effet en phase d’évaluation clinique ou en développement.

"Nos dernières données confirment ce que certaines analyses précliniques avaient suggéré de l’intérêt de traiter certains patients atteints de cancer du canal anal par des inhibiteurs de la voie PI3K/Akt/mTor, ajoute Wulfran Cacheux. L’administration de tels inhibiteurs pourrait notamment être proposée en traitement post-opératoire après la chirurgie de recours chez les patients avec une mutation de PIK3CA afin de réduire les risques de récidive et de dissémination tumorale, améliorant ainsi leur pronostic."

Autre possibilité que les médecins de l’Institut Curie envisage d’étudier : l’aspirine. En effet récemment son efficacité en tant que traitement adjuvant a été démontrée chez les patients porteurs de cancer du côlon avec une mutation du gène PIK3CA. Longtemps négligé, le cancer du canal anal voit sa prise en charge s’améliorer progressivement avec entre autre l’émergence de traitements adaptés à ses spécificités.

 

En savoir plus

Mutational analysis of anal cancers demonstrates frequent PIK3CA mutations associated with poor outcome after salvage abdominoperineal resection.
Cacheux W, Rouleau E, Briaux A, Tsantoulis P, Mariani P, Richard-Molard M, Buecher B, Dangles-Marie V, Richon S, Lazartigues J, Jeannot E, Farkhondeh F, Sastre-Garau X, de La Rochefordière A, Labib A, Falcou MC, Stevens D, Roth A, Roman-Roman S, Mitry E, Bièche I, Lièvre A. Br J Cancer. 2016 May 24. doi: 10.1038/bjc.2016.144.