Actualité - Cancers du sein

Cancer du sein et cellules dendritiques : sous influence

Céline Giustranti
16/07/2018
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En cancérologie, tous les yeux sont tournés vers le système immunitaire. Il est donc plus que jamais nécessaire d’explorer tous les liens entre immunité et cancer. Le tour est aux cellules dendritiques dans les cancers du sein.
Vassili Soumelis

Elles sont deux jeunes chercheuses à l’origine de ce projet : l’immunologiste Paula Michea en post-doctorat, et la bio informaticienne Floriane Noël, doctorante. L’idée de départ est venue de Vassili Soumelis, chef de l’équipe Biologie intégrative des cellules dendritiques et des cellules T chez l’homme (Inserm/Institut Curie), mais aussi de sa collaboration avec Elodie Segura et Sebastian Amigorena qui avaient identifié une nouvelle population de cellules dendritiques dans les cancers de l’ovaire. Ensuite « elles ont travaillé ensemble chacune avec son regard propre pour explorer les liens entre les cellules dendritiques et leur environnement et surtout réaliser le tour de force technologique d’analyser l’expression de milliers de gènes dans différentes familles de cellules dendritiques » explique-t-il.

 

Des cellules dendritiques et des tissus

Souvent décrites comme les sentinelles de l’organisme, les cellules dendritiques sillonnent en permanence certains tissus de l’organisme à l’affut du moindre intrus. Une fois repérées, elles déclenchent la réaction du système immunitaire pour l’éliminer. Cette fonction explique à elle seule pourquoi elles ont l’objet de tant d’attention.

Mais à y regarder de plus près, tout se complique rapidement : en fait il existe plusieurs sous populations de cellules dendritiques suivant leur localisation, leur état de maturation...Dans les cancers aussi, on en trouve plusieurs sous types. D’où vient cette différence ? D’une part du tissu dans lequel elles se trouvent – c’est ce que les scientifiques appellent l’empreinte tissulaire – et d’autre part de leur origine. Et a-t-telle une signification ? C’est à cette dernière question que Paula Michea et Floriane Noël se sont attaquées, avec en tête l’idée d’identifier une empreinte tumorale. Pour cela, elles donc ont purifié des cellules dendritiques provenant de tissu normal et de cancers du sein – triple négatif et luminal – obtenus grâce à l’aide des chirurgiens et des pathologistes de l’Institut Curie. Ensuite elles ont regardé l’ensemble des gènes exprimés par ces différentes cellules dendritiques et les ont comparés. Le résultat est mitigé comme le souligne Vassili Soumelis : « l’environnement, donc le fait que le tissu soit tumoral ou pas, influe fortement sur les caractéristiques de certains sous types de cellule dendritique mais très peu sur d’autres, de sorte qu’aucune empreinte n’émerge comme unique ou dominante. » Il compare cette découverte à la réaction de 5 personnes dans une pièce fermée et soumises à un stress. Une même cause se traduit par des réactions différentes.

En revanche une différence émerge entre les deux types de tissus tumoraux : la présence de certaines cellules dendritiques (cDC1e) semble associée avec une survie plus élevée. « L’adaptation des cellules dendritiques à leur environnement pourrait donc prédire le devenir de certaines tumeurs », note les jeunes chercheuses. Mais c’est aussi une piste pour mieux comprendre le fonctionnement des immunothérapies, voire leur dysfonctionnement car cette présence de sous population de cellules dendritiques distinctes a peut-être un rôle non négligeable dans l’action des immunothérapies. Or à ce jour l’immunothérapie est porteuse de beaucoup d’espoirs pour traiter les cancers du sein triple-négatif pour lesquels il n’existe aucune thérapie ciblée.
« Le travail effectué par Paula et Floriane constitue aussi une banque de données inestimable pour les immunologistes, ajoute Vassili Soumelis. Elle va permettre l’étude de nombreuses molécules d’intérêt en immunologie, et sera très certainement une source de nouveaux agents thérapeutiques et de biomarqueurs permettant de mieux cibler les traitements par immunothérapie. »

 

Adjustment of dendritic cells to breast-cancer microenvironment is subset-specific
16 juillet 2018
 

crédit photo : Christophe Hargouès/Institut Curie

 

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