Actualité - Cancers du sein

Identification de nouveaux partenaires dans le développement des cancers du sein

Julia Vollerin
04/05/2018
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L’innovation est essentielle à l’amélioration de la prise en charge des cancers du sein. La recherche fondamentale est alors indispensable pour comprendre chaque jour un peu plus ces cancers qui touchent 54000 femmes en France chaque année.
Publi Deugnier

Expression spécifique de la Pdpn dans les cellules basales de la glande mammaire et localisation à l’interface avec les cellules luminales

Oser explorer de nouvelles pistes, étudier une molécule sur laquelle personne n’a jamais pris le temps de s’arrêter. C’est aussi cela l’innovation.

La podoplanine (Pdpn) était connue pour son rôle essentiel lors du développement du système lymphatique, du cœur et des poumons. Mais Marie-Ange Deugnier et Marisa Faraldo de l’équipe Mécanismes moléculaires du développement de la glande mammaire (Institut Curie/CNRS) dirigée par Marina Glukhova ont entrepris d’étudier l’intervention de cette molécule dans le développement et la tumorigenèse mammaires. Pourquoi ? Parce que les processus de développement et de tumorigenèse sont intimement liés. De plus, Pdpn est également connue pour être surexprimée dans un grand nombre de tumeurs et elle est considérée comme un indicateur de mauvais pronostic en cas de cancer du sein invasif de type ER négatif (c’est-à-dire dont les cellules tumorales ne possèdent pas de récepteurs à l’œstrogène).

 

Identifier où et pourquoi cette molécule est fabriquée

L’épithélium mammaire contient deux « couches » de cellules. Lors de la lactation, les luminales produisent le lait tandis que les basales, capables de se contracter, l’expulsent. Laura Bresson, étudiante en thèse en charge du projet, a démontré que Pdpn est exprimée exclusivement dans le compartiment basal de la glande mammaire. Plus précisément, à l’interface entre la couche basale et la couche luminale. Ceci suggère grandement un rôle de la protéine Pdpn dans le dialogue entre les deux compartiments ainsi que dans l’activité des cellules souches résidant dans la couche basale, cibles potentielles de la tumorigénèse.

L’un des moyens les plus simples d’identifier le rôle d’une protéine est d’observer ce qui se passe lorsqu’on supprime son expression. En l’occurrence, l’extinction du gène codant pour Pdpn dans les cellules souches basales de la glande mammaire entraine un défaut de développement mammaire dans le modèle étudié. De plus, le dialogue moléculaire conduisant à l’activation de la voie de signalisation Wnt/βcat est fortement perturbé. Ceci est tout à fait intéressant quand on sait qu’une activation trop forte de cette voie cruciale est impliquée dans certains cancers du sein. D’ailleurs, les chercheurs ont constaté que la perte de Pdpn atténuait la formation de tumeurs Wnt/βcat induite.

En d’autres termes, cette étude met au jour un rôle important de Pdpn dans le développement mammaire et la tumorigenèse, et l’identifie également comme un nouveau régulateur de la signalisation Wnt/βcat.

 

Vers un nouveau marqueur de cancer ?

La conservation du profil d’expression de Pdpn entre l’humain et le modèle étudié ici suggère une conservation fonctionnelle. Il sera donc intéressant d’évaluer l’importance clinique de Pdpn et d’étudier si elle peut être utilisée comme marqueur prédictif du caractère invasif des cancers du sein.

 

Podoplanin regulates mammary stem cell function and tumorigenesis by potentiating Wnt/β-catenin signaling
Laura Bresson, Marisa M. Faraldo, Amandine Di-Cicco, Miguel Quintanilla, Marina A. Glukhova, Marie-Ange Deugnier
Development (Janvier 2018)
 

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