Actualité - Cancers du sein

La jeunesse, facteur de bon pronostic pour les femmes atteintes de cancers du sein métastatique

Valérie Devillaine
12/06/2020
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Une vaste étude de l’Institut Curie met en évidence un résultat inattendu : contrairement à ce qui est observé pour les stades précoces, un âge jeune serait synonyme d’une survie rallongée dans les cancers du sein avancés.
Dr Sophie Frank

Le Dr Sophie Frank, gynécologue médicale à l’Institut Curie et spécialisée en oncologie gynécologique, vient de montrer que les femmes de moins de 40 ans atteintes de cancers du sein métastatiques (c’est-à-dire disséminés dans les ganglions lymphatiques, les os, les poumons…) survivent mieux que les plus âgées, même si elles présentent des formes de cancers plus agressives.

Le Dr Frank, avec l’appui du Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d'Oncologie médicale de l’Institut Curie, a coordonné le travail de médecins et chercheurs d’une vingtaine de centres de lutte contre le cancer, partout en France. Ensemble, ils ont examiné les dossiers de 14 403 femmes atteintes de cancers du sein métastatiques dont les informations avaient été réunies par le programme national Épidémio-Stratégie Médico-Economique (ESME) de 2008 à 2014.

Cette vaste cohorte a l’avantage d’offrir des informations en “vie réelle”, indique le Dr Frank. Elles sont plus représentatives de la population des patientes atteintes de cancers du sein métastatiques, y compris celles qui peuvent présenter d’autres pathologies et facteurs de risque, au contraire des essais cliniques où les patientes sont en général sélectionnées pour répondre aux contraintes de ces études.

Les chercheurs ont classé ces femmes en trois groupes d’âge (moins de 40 ans, entre 40 et 60 ans et plus de 60 ans) et ont pu constater que chez les plus jeunes, les cancers du sein dits HER2+ et triple-négatif étaient plus fréquents : deux sous-types de cancers particulièrement redoutables. Par ailleurs, chez ces femmes jeunes, les métastases atteignent plus fréquemment les viscères comme le foie ou les poumons, où elles sont également plus difficiles à soigner que dans les os, par exemple. Pour autant, cette surreprésentation des formes les plus graves ne se traduit pas par une mortalité supérieure, au contraire, ont pu constater les auteurs.

Nous émettons plusieurs hypothèses à cela, explique Sophie Frank. D’une part, chez les femmes plus âgées, on rencontre plus souvent d’autres problèmes de santé qui font qu’on ne peut pas donner tel ou tel traitement. D’autre part, quand un cancer est diagnostiqué au stade métastatique chez une femme jeune, on procède plus fréquemment à un traitement chirurgical de la tumeur primaire, après le traitement médical des métastases. Enfin, chez les femmes plus âgées, s’ajoutent d’autres causes de mortalité, indépendantes du cancer, qu’on rencontre moins chez les plus jeunes.

« D’autres études méritent d’être menées sur ces questions, complète le médecin avant de souligner qu’en ce qui concerne les cancers hormono-dépendants, on dispose maintenant de plus en plus de traitements ciblés qui sont bien tolérés par les patientes et pourraient ainsi améliorer le pronostic pour les plus âgées. »

 

Référence :

Impact of age at diagnosis of metastatic breast cancer on overall survival in the real-life ESME metastatic breast cancer cohort. Sophie Frank, Matthieu Carton, Coraline Dubot, Mario Campone, Barbara Pistilli, Florence Dalenc, Audrey Mailliez, Christelle Levy, Veronique D’Hondt, Marc Debled, Thomas Vermeulin, Bruno Coudert, Christophe Perrin, Anthony Gonçalves, Lionel Uwer, Jean-Marc Ferrero, Jean-Christophe Eymard, Thierry Petit, Marie-Ange Mouret-Reynier, Anne Patsouris, Tahar Guesmia, Thomas Bachelot, Mathieu Robain, Paul Cottu. The Breast

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