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4 questions au Dr Anne Vincent-Salomon, cheffe du Pôle de médecine diagnostique et théranostique de l’Institut Curie

Catherine Goupillon-Senghor
02/04/2020
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Dépistage, déroulé et enjeux des tests : le Dr Anne Vincent-Salomon, cheffe du Pôle de médecine diagnostique et théranostique de l’Institut Curie prend la parole sur le COVID-19.
Anne-Vincent Salomon

Quels tests permettent de diagnostiquer une infection au COVID-19 ?

Il existe deux types de tests : le premier qui permet de déceler la présence du virus : un écouvillon est introduit dans la sphère ORL puis le prélèvement est analysé au laboratoire par technique PCR (extraction et amplification du matériel génétique) pour établir la présence du virus et la charge virale ; le  deuxième test est une sérologie qui se fait soit par une prise de sang soit par une piqure de bout du doigt pour recueillir une goutte de sang. Les tests sérologiques permettent d’établir la présence d’anticorps dirigés contre le COVID-19, avec deux résultats possibles : négatif (pas d’infection) ou positif IgM ou IgG (infection en cours ou terminée). Le délai d’apparition des anticorps est estimé à 10 jours environ.

Comment se déroulent les tests à l’Institut Curie ? avez-vous des problèmes pour les réaliser ?

Pour les patients : ceux qui présentent des symptômes évocateurs de l’infection COVID-19 et ceux qui doivent subir des chirurgies lourdes (ayant éventuellement besoin de réanimation) sont testés.  

Nous n’avons plus de plateforme de biologie clinique au sein de l’hôpital de l’Institut Curie et devons envoyer les prélèvements à l’hôpital Ambroise Paré (AP-HP Boulogne) et à l’institut Mutualiste Montsouris (Paris) ou à l’hôpital Saint-Joseph (Paris) qui travaille avec l’hôpital Necker (AP-HP Paris).

Il faut préciser que nous avons mis en place deux circuits à l’hôpital : un circuit COVID-19 positif et un circuit COVID-19 négatif. Les patients de statut différent ne doivent pas se croiser pour éviter la propagation du virus et permettre une prise en charge spécifique aux patients positifs. C’est aussi la raison pour laquelle les accompagnants ne sont plus admis dans l’hôpital (sauf en pédiatrie et pour les patients en incapacité de se déplacer seul).

Nous travaillons actuellement à la faisabilité de développer des tests PCR grâce notamment à la mobilisation des chercheurs de l’Institut Curie, mais le problème d’approvisionnement en réactifs reste un vrai frein. D’autre part nous avons commandé des tests sérologiques qui ne nous sont pas encore parvenus à ce jour.

Notre problème majeur a été au début de l'épidémie l’approvisionnement en matériel : écouvillons de prélèvement et réactifs pour la technique PCR, tests pour la sérologie, qui viennent d’Allemagne, d’Italie et d’Angleterre ou d'ailleurs.

Pour les personnels hospitaliers qui présentent des symptômes évocateurs de COVID, en lien avec la médecine du travail, sont actuellement pour la plupart testés à l’Hôtel Dieu (AP-HP).

Pensez-vous qu’il aurait été judicieux de tester les Français plus largement comme l’ont fait les Allemands ?

Oui, nous voyons que la situation en Allemagne est plus favorable que celle de la France.  Tester largement la population française aurait été une solution plus efficace. Elle aurait permis d’identifier les personnes selon leur statut infectieux et ainsi décider qui peut aller travailler, qui doit rester confiné…

Que faudrait-il faire à l’avenir pour faire face à d’éventuelles épidémies ?

Il est crucial de se poser les bonnes questions à l’issue de cette crise sanitaire et de mettre en œuvre les actions nécessaires pour faire face à la survenue d’autres épidémies : produire le matériel nécessaire aux soins d’urgence, dont les tests font partie ; mettre en place une politique européenne de santé et de coopération scientifique robuste; écouter les lanceurs d’alertes ; mettre en œuvre une véritable éducation sanitaire de la population, notamment auprès des enfants, mais aussi en direction des adultes qui doivent apprendre les règles de bases en cas d’épidémies (lavage de mains, limitation des interactions physiques, port d’un masque…).

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