Actualité - Distinction

Deux jeunes chercheurs de l’Institut Curie, futures élites de la biologie moléculaire européenne

Valérie Devillaine
13/11/2019
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Daniele Fachinetti et Jean-Léon Maître reçoivent les honneurs de l’Organisation européenne de biologie moléculaire (EMBO) dans le cadre de son programme Young Investigators, i.e. jeunes chercheurs.
YIP EMBO

Une reconnaissance de leurs réussites précoces et la promesse d’un grand avenir ! Avoir au plus 40 ans mais être déjà à la tête d’une équipe de recherche depuis au moins 3 ans (et au plus 6 ans) et avoir déjà publié des résultats scientifiques au titre de ce laboratoire : les principaux critères pour postuler au programme Young Investigators de l’EMBO sont très exigeants. Il faut ensuite soumettre un dossier, qui fera l’objet d’une première sélection, avant d’espérer passer devant un jury de membres « seniors » de l’organisation, dans ses locaux d’Heidelberg, en Allemagne.

Ils cherchent à déceler des scientifiques qui ont une vision, un plan pour la biologie de demain 

explique Jean-Léon Maître.

Seuls 10 % des prétendants accèdent à ce programme, soit environ 25 jeunes chercheurs chaque année pour toute l’Europe. Et Jean-Léon Maître et son collègue Daniele Fachinetti, de l’Institut Curie, sont donc de ceux-là : ils viennent d’être reconnus par leurs aînés comme les jeunes talents qui constitueront l’élite de la biologie moléculaire européenne dans les décennies à venir.

L’un et l’autre ont en effet une approche singulière et vision innovante au sein leur discipline.

Daniele Fachinetti à la tête de l'équipe Mécanismes moléculaires de la dynamique des chromosomes (UMR144 / CNRS) s’attache à étudier l’instabilité du génome lors de la division cellulaire. Lors de ce processus essentiel à la vie des cellules, une cellule-mère doit équitablement répartir son matériel génétique entre deux cellules-filles. Et cette juste répartition repose sur des structures moléculaires particulières, les centromères, situés au cœur des chromosomes. Grâce à des techniques de pointe d’édition du génome, d’imagerie, de protéomique, d’approches dites à molécule unique, le jeune chercheur et son équipe révèlent donc des processus fondamentaux du vivant ainsi que leurs anomalies, largement observées dans les cancers et certaines maladies du développement.

Jean-Léon Maître, à la tête de l'équipe Mécanique du développement des Mammifères (U934/UMR3215 INSERM) fait quant à lui appel aux concepts fondamentaux de la physique, comme les forces et les pressions, pour comprendre le vivant, et notamment comment un embryon de mammifère acquière sa forme, une forme nécessaire à son implantation dans l’utérus et donc à son développement. Cet œil différent posé sur des processus biologiques permet d’apporter des informations inédites et très complémentaires au regard plus classique centré sur les gènes notamment. Ses découvertes ont des implications aussi bien dans la compréhension de la formation de métastases du cancer du sein par exemple, que dans l’amélioration des techniques de procréation médicalement assistée.

Maintenant membres de ce groupe très fermé des Young Investigators de l’EMBO, les deux scientifiques vont bénéficier de l’aide de cette organisation internationale dans l’avancement de leurs travaux. Ils pourront notamment se joindre à des rencontres, des séminaires, des conférences avec leurs pairs – leur participation à ces événements et leurs frais de déplacements étant pris en charge par l’EMBO.

C’est faire partie d'un réseau unique. La collaboration scientifique est vitale pour l'avancement de la recherche et j'espère que ce prix me permettra de créer de nouvelles collaborations et de nouveaux échanges 

se félicite Daniele Fachinetti.

On pourra apporter notre expertise aux autres et réciproquement 

complète Jean-Léon Maître.

Les deux lauréats auront aussi un accès privilégié aux équipements de l’EMBL, European Molecular Biology Laboratory, à Heidelberg, un plateau technologique parmi les meilleurs d’Europe : « l’EMBL est à la biologie ce que le CERN est à la physique », souligne encore Jean-Léon Maître.

Les deux chercheurs se réjouissent aussi pour leur équipe :

Cette récompense n’est pas seulement personnelle, mais elle doit être partagé avec nos équipes qui, pendant ces dernières années, ont énormément contribué à ce succès