Actualité - Immunothérapie

Immunothérapie : maîtriser l’art de la présentation des antigènes

Céline Giustranti
04/07/2016
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Le futur directeur du Centre d’immunothérapies des cancers de l’Institut Curie, Sebastian Amigorena, a pris en juin dernier la casquette de rédacteur en chef "invité" à la revue internationale Immunological Reviews. Une bonne raison à cela : elle consacre un numéro spécial à la présentation des antigènes.
Sebastian Amigorena

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la présentation des antigènes ?

Sebastian Amigorena : La présentation des antigènes est au cœur de l’immunité adaptative ; elle apprend au système immunitaire à reconnaître son ennemi. Elle met en jeu deux familles de cellules…

  • Les cellules dendritiques, patrouilleuses dans les tissus, qui repèrent les cellules potentiellement dangereuses, par exemple infectées par un virus.
  • Les lymphocytes T et B qui éliminent les ennemis qu’ils ont appris à reconnaître.

Le processus de présentation des antigènes commence au cœur des cellules dendritiques. Après avoir ingéré et décomposé les cellules dangereuses, il faut repérer le fragment ou antigène qui servira à caractériser l’ennemi et le préparer en vue de cette mission. Le fragment est transporté dans un compartiment intracellulaire, pour y être associé à des molécules présentatrices (complexe majeur histocomptabilité, CMH). Il est ensuite amené vers la surface des cellules dendritiques pour être présenté au lymphocyte.

Pourquoi la revue Immunological Reviews consacre-t-elle un numéro spécial à cette thématique ?

S.A. : C’est au terme de ce processus de présentation des antigènes que le système immunitaire acquiert la mémoire nécessaire pour réagir face à toute nouvelle agression. Il est aussi la base de la vaccination, qu’elle soit préventive ou thérapeutique. Il s’agit donc d’un mécanisme majeur de défense de l’organisme qui peut, en outre, être détourné à des fins thérapeutiques, notamment en cancérologie. Ce mécanisme relativement long à se mettre en place fait intervenir de nombreux acteurs. Depuis des dizaines d’années, biologistes cellulaires et immunologistes œuvrent ensemble pour en explorer les multiples facettes. Un point d’étape sur les connaissances s’imposait. Tel est l’objectif de ce numéro spécial qui laisse la parole aux équipes – dont 3 de l’Institut Curie – à travers le monde, spécialistes de chacune des étapes de la présentation des antigènes. En outre, les connaissances sur ces mécanismes devraient permettre de développer de nouvelles stratégies d’immunothérapie. C’est d’ailleurs l’idée sous-jacente du Centre d’immunothérapie des cancers qui va ouvrir à l’automne au sein de l’Institut Curie

Quels sont les objectifs du centre d’immunothérapie des cancers ?

S.A. : Le centre d’immunothérapie des cancers, qui figure au cœur du projet d’entreprise 2015-2020 de l’Institut Curie, développera des recherches du fondamental au clinique, en passant par le translationnel. Au cœur de son hôpital parisien, un étage entier de 1400 m2 avec plus de 100 chercheurs et soignants lui sera consacré. Nous tenterons de comprendre les mécanismes à la base des succès récents de l’immunothérapie du cancer et, entre autres, pourquoi l’immunothérapie ne fonctionne pas chez tous les patients, ni dans toutes les localisations, voire de remédier à cet état de fait. Parallèlement, nous rechercherons des biomarqueurs prédictifs de réponse au traitement. Bien que déjà au-delà de nos espérances, les résultats obtenus dans les essais en cours avec des immunothérapies peuvent encore être améliorés afin d’en faire profiter le maximum de patients. De même, les attentes sont nombreuses autour des combinaisons avec la radiothérapie et les thérapies ciblées. Un centre tel que celui développé par l’Institut Curie devrait faciliter ce type de développements.

 

En savoir plus

Sebastian Amigorena, directeur de recherche Inserm, dirige l’unité Immunité et Cancer (Inserm/Institut Curie) est responsable de l’un des trois laboratoires d’excellence portés par l’Institut Curie, le Labex DC biol. Depuis décembre 2015, il est aussi à la tête de la chaire industrielle IMOCA (ImmunoMOdulation – Cancer), partagée avec Sanofi et co-financée par l'Agence nationale de la recherche (ANR). A compter de novembre 2016, Sebastian Amigorena prendra la tête du tout nouveau centre d’immunothérapie de l’Institut Curie.
 

Immunological Reviews
Special Issue: Antigen Presentation
July 2016, Volume 272, Issue 1