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Cancer de la prostate : la curiethérapie, à l’heure du bilan

Céline Giustranti
07/07/2016
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Chirurgie, radiothérapie externe ou par implants permanents, aussi appelée curiethérapie, les patients atteints de cancer de la prostate à faible risque disposent de plusieurs options thérapeutiques. Pour aider face à ce choix cornélien, les spécialistes de l’Institut Curie dressent le premier le bilan à long terme de cette forme de radiothérapie.
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La curiethérapie a gagné au fil des années sa place comme traitement de référence du cancer de la prostate. Cette radiothérapie localisée, qui consiste à implanter dans la prostate des sources radioactives, en l’occurrence des grains d’iode 125, est une alternative à l’ablation de la prostate ou à une radiothérapie externe. Elle est réservée aux formes limitées et débutantes du cancer de la prostate, le plus fréquent des cancers masculins avec près de 60 000 cas diagnostiqués chaque année en France.

Plus de 10 ans de recul

1998 : l’Institut Curie effectue la première curiethérapie de la prostate par grains d’iode en France. Elle est réalisée par le Dr Laurent Chauveinc et le Pr Thierry Flam, rapidement rejoints par les Pr Nicolas Thiounn et Jean-Marc Cosset, alors chef du département de radiothérapie de l’Institut Curie. Aujourd’hui, Jean-Marc Cosset dresse le bilan à long terme, avec plus de 11 ans de suivi médian pour une cohorte de malades traités tous il y a plus de 10 ans. Au total, 675 patients atteints de cancer de la prostate à bas risque et une sélection de patients atteints de cancer à risque intermédiaire "favorable" ont ainsi été pris en charge à l’Institut Curie entre 1999 et 2003. "Cette étude confirme les excellents résultats à long terme de la curiethérapie prostatique par implants permanents, que ce soit pour la survie globale, la survie sans récidive ou la toxicité tardive, résume le Pr Jean-Marc Cosset. Le suivi doit être prolongé, car certaines rechutes observées dans cette série sont très tardives, survenant au-delà de 10 ans. L’incidence cumulée des toxicités urinaires et rectales notables (grades 3 et 4) à 10 ans est faible, étant respectivement de 5,78 % et de 1,65 %. Sur le plan sexuel, 61 % des patients de cette série ont conservé des capacités érectiles à 10 ans (avec ou sans médication orale), l’âge jouant comme attendu un rôle majeur."

Avec maintenant plus de 30 ans d’expérience pour les équipes pionnières américaines et près de 20 ans en France, la curiethérapie par implantation permanente de grains d’iode 125 a désormais trouvé sa place dans l’arsenal thérapeutique des cancers de la prostate localisés. Alliant une courte durée d’hospitalisation (deux jours), une très bonne efficacité et peu d’effets secondaires, elle apparaît comme une alternative performante à la chirurgie et à la radiothérapie externe pour les cas bien sélectionnés de cancers prostatiques.

Aujourd’hui la curiethérapie, ainsi nommée en France en l’honneur du couple Marie et Pierre Curie – mais appelée "Brachytherapy" par les Anglo-saxons –, est aussi proposée dans d’autres localisations tumorales : cancers gynécologiques surtout mais aussi certains cancers de l’œil : mélanomes de l’uvée chez l’adulte, rétinoblastomes chez l’enfant.

En savoir plus

Long-term results of permanent implant prostate cancer brachytherapy: A single-institution study of 675 patients treated between 1999 and 2003.
Cosset JM, Flam T, Belin L, Thiounn N, Pierrat N, Pontvert D, Wakil G, Savignoni A, Chauveinc L.
Cancer Radiother. 2016 Jun 15. pii: S1278-3218(16)30047-6. doi: 10.1016/j.canrad.2016.02.009. [Epub ahead of print]

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