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Cancer du canal anal : l’ADN tumoral circulant pour prédire les rechutes

Céline Giustranti
07/08/2018
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Savoir quel patient va rechuter, telle est l’une des nombreuses promesses des biomarqueurs circulants. Un adage qui s’avère vrai pour un cancer rare cette fois-ci : le cancer du canal anal.
analyse sang
Uriel Chantraine/Institut Curie

L’Institut Curie est spécialisé dans la prise en charge de plusieurs cancers rares entre autres celui du canal anal. Ce cancer touche environ 1000 personnes par an en France. Dans près de 90 % des cas, le cancer du canal anal se développe suite à la présence d’une infection par le papillomavirus (HPV) et principalement les HPV 16 et 18. Ce virus s’intègre dans le génome des cellules favorisant leur transformation tumorale. La recherche dans le sang de séquences d’ADN correspondant au papillomavirus apparaît ainsi comme une façon fiable de détecter des cellules tumorales résiduelles ayant résisté au traitement.

Grâce à une collaboration multidisciplinaire entre oncologues médicaux, oncologues radiothérapeutes, gastroentérologues, chirurgiens et le pôle de médecine diagnostique et théranostique, l’ADN tumoral circulant a pu être quantifié avant et après le traitement associant radiothérapie et chimiothérapie. « Notre étude, la première dans ce type de cancer, montre que la présence d’ADN tumoral circulant après le traitement de référence dans les formes localement avancées de cancer du canal est très associée à l’apparition de récidives précoces » explique le Pr François-Clément Bidard, médecin-chercheur spécialiste des biomarqueurs circulants. « C’est d’autant plus important d’identifier les patients ayant un fort risque de rechute que des traitements par immunothérapie pourraient prochainement être proposés en cas de résistance aux traitement classique de radiochimiothérapie », explique l’oncologue médical Luc Cabel.

Avec cette étude, les médecins-chercheurs de l’Institut Curie étendent les champs d’application possible des « biopsies liquides ». Récemment, ils ont d’ailleurs fait le point dans une revue parue dans la prestigieuse revue Nature Reviews Clinical Oncology sur l’ensemble des informations cliniques que pouvaient apporter l’ADN tumoral circulant chez les patients traités par les dernières nées des immunothérapies, les « inhibiteurs de checkpoint ».

ADN tumoral circulant et immunothérapie

Fort prometteuses, ces nouvelles molécules se caractérisent par des réponses parfois imprévues pouvant même aller jusqu’à une progression tumorale. « A ce jour nous n’avons aucun moyen de déterminer chez quel patient l’immunothérapie sera efficace, souligne le Pr François Clément Bidard, il est donc urgent de trouver des biomarqueurs pouvant prédire leur efficacité. En étudiant l’ensemble des études sur ce sujet, nous avons pu dresser un bilan de ce que pourrait apporter l’ADN tumoral circulant dans ce domaine ». Ces champs d’application potentielles sont ainsi :

  • Détecter une maladie résiduelle, permettant de bénéficier de la meilleure efficacité des immunothérapies en cas de maladie de volume limité.
  • Repérer facilement des déficiences de certains mécanismes de réparation de l’ADN ou la présence d’une forte charge mutationnelle, ces deux facteurs étant prédictifs d’une bonne réponse aux immunothérapies
  • Suivre le taux d’ADN tumoral circulant chez les patients recevant une immunothérapie, ce taux étant un indicateur de la réponse aux immunothérapies et permettrait d’éviter la poursuite de traitement inutile.
  • Détecter les altérations prédisant une réponse efficace.

A partir de ces pistes prometteuses, il s’agit désormais de développer des essais cliniques pour confirmer le potentiel de l’ADN tumoral circulant

 

 

Prognostic impact of residual HPV ctDNA detection after chemoradiotherapy for anal squamous cell carcinoma.

Cabel L, et coll. Clin Cancer Res. 2018 Jul 27. pii: clincanres.0922.2018. doi: 10.1158/1078-0432.CCR-18-0922.

 

Clinical potential of circulating tumour DNA in patients receiving anticancer immunotherapy

Luc Cabel, et coll.Nature Reviews Clinical Oncology | 2018 Jul 26. doi: 10.1038/s41571-018-0074-3.