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Cancer du col de l’utérus : vers des traitements personnalisés

Valérie Devillaine
11/04/2019
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Le Dr Suzy Scholl, avec le consortium européen RAIDS et une équipe multidisciplinaire de l’Institut Curie, a identifié de nouvelles signatures moléculaires prédictives de la réponse au traitement du cancer du col de l’utérus. Objectifs ? Proposer d’autres traitements plus adaptés aux patientes susceptibles d’en tirer bénéfice.
Suzy Scholl

Près de 570 000 nouveaux cas de cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués chaque année dans le monde. Le traitement repose en général sur la chirurgie pour les cas moins graves et sur une association de radiothérapie et de chimiothérapie (dite radio-chimiothérapie) pour les plus avancés. Mais ce traitement n’est pas toujours efficace. Le Dr Suzy Scholl, oncologue médical à l’Institut Curie et spécialiste des cancers féminins, épaulée de Maud Kamal, PhD et manager scientifique du D3i (Department of drug development and innovation), s’est appuyée sur le consortium RAIDs, impliquant sept pays européens, afin d’identifier des pistes thérapeutiques innovantes contre les cancers du col de l’utérus. Le projet a bénéficié d’un important financement de la Commission européenne (FP7-6 millions d’euros).

A partir des échantillons de tumeurs de plusieurs centaines de patientes à travers l’Europe, les chercheurs ont donc séquencé l’exome (la partie des gènes qui donnent naissance à des protéines) afin de voir quels gènes étaient plus fréquemment mutés chez des patientes en progression de leur maladie. Ils ont également étudié les protéines présentes en surnombre ou au contraire sous-exprimées dans les cellules tumorales et comparé cela au devenir des patientes. Au terme d’un suivi de 22 mois, ils ont pu mettre en évidence que les tumeurs porteuses d’un certain ensemble d’anomalies génétiques répondaient significativement moins bien aux traitements et progressaient. L’article présentant ces résultats a été accepté en un temps record par la revue Ebiomedicine, titre du très réputé groupe d’édition scientifique The Lancet et consacré à la recherche translationnelle. Ce secteur de la recherche biomédicale, à l’interface entre recherche fondamentale et recherche clinique, vise à identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et des tumeurs sensibles à ces nouvelles approches. Il permet d’ouvrir vers des thérapeutiques innovantes et d’améliorer la prise en charge des malades.

Et c’est le cas avec ces dernières révélations. « Cela nous rapproche d’une nouvelle ère de traitements personnalisés contre le cancer du col utérin », commente avec enthousiasme une éditorialiste de Ebiomedicine.

Sources :

Clinical and genetic landscape of treatment naive cervical cancer: Alterations in PIK3CA and in epigenetic modulators associated with sub-optimal outcome

Cancer du col de l’utérus : les chiffres clés