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"HIV Cure and cancer" : renforcer les collaborations au bénéfice des patients

Mathilde Regnault
25/07/2017
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Le forum HIV Cure and Cancer s’est déroulé les 22 et 23 juillet en amont de la grande conférence internationale sur le Sida, à Paris. Accueilli par l’Institut Curie, il a permis à quelque 200 spécialistes du VIH et du cancer de faire le point sur les problématiques communes .
HIV Cure and Cancer forum

Certes, VIH et cancer constituent des maladies très différentes, mais on trouve également beaucoup de choses qui les rapprochent, commente Monsef Benkirane, chercheur CNRS en virologie moléculaire, à l’Institut de génétique humaine. Mais, en cherchant un peu, on constate également beaucoup de similarités. D’abord, les chercheurs sont confrontés aux mêmes types de barrières : la persistence du virus ou de certains types de cancer, et la résitance aux traitements. Dans les deux cas, on peut parler de "maladie résiduelle" : alors que la maladie est indétectable, quelques cellules peuvet se réactiver et provoquer une rechute. Enfin, VIH et cancer progressent souvent pendant plusieurs années silencieusement, avant que n’apparaissent les premiers symptômes, quand la maladie est déjà avancée.

Assez logiquement, les stratégies de traitement pour les deux pathologies sont donc relativement comparables, visant à la fois à contenir la maladie, et à s’en débarrasser. Dans les deux cas, l’immunologie et le système immunitaire sont au cœur des réflexions, tout comme l’épigénétique. "Autant côté système immunitaire que cellule infectée ou maligne, l’enjeu est de comprendre comment le destin et la plasticité des cellules sont affectés. Les progrès récents dans la caractérisation des paramètres épigénétiques définissant l’identité des cellules, et la capacité de reprogrammer ces choix sont des pistes très excitantes, s’exclame le Dr Geneviève Almouzni, directeur du centre de recherche de l’Institut Curie, et Directeur de recherche au CNRS. VIH et Cancer se retrouvent pour explorer de manière synergique ces possibilités et progresser dans les stratégies thérapeutiques intégrant des combinaisons originales." Quant à la recherche clinique, les médecins-chercheurs des deux spécialités auraient tout intérêt à travailler ensemble et à s’inspirer les uns des autres, estime le Pr Jean-Philippe Spano, cancérologue spécaliste de la thématique "cancer et VIH" à la Pitié-Salpêtrière à Paris. "Par exemple, en cancérologie, le temps avant la mise à disposition d’un médicament s’est considérablement raccourci ces dernières années, grâce à des essais où les phases 1et 2 sont conjointes, et des patients plus nombreux recrutés à l’international. Là où il fallait attendre 10 ans auparavant, le temps est réduit à 5 ans aujourd’hui." Un schéma qui pourrait également bénéficier aux recherches sur le VIH. A l’inverse, les essais concernant le VIH sont plus à l’écoute du patient, de son ressenti et des effets qu’il attribue au traitement. Il est considéré comme un véritable partenaire dans la stratégie thérapeutique. Une nouvelle approche qui commence tout juste à se développer dans la recherche en cancérologie.

Essais cliniques "cancer" et patients séropositifs

Finalement, c’est sur la question clé des patients atteints à la fois de cancer et de VIH que se clôture cette édition 2017. En 2010, rien qu’aux Etats-Unis, on dénombrait 8000 patients séropositifs atteints de cancers, certains liés directement aux VIH (lympohomes non-Hodkiniens et sarcomes de Kaposi notamment), d’autres sans lien apparent. Pour ces patients, les espoirs de pouvoir entrer un jour dans un essai clinique sont très faibles à l’heure actuelle. Une véritable inégalité à laquelle il faut remédier, estime Thomas Uldrick, du National Cancer Institute américain. Bien souvent, les patients séropositifs sont d’office écartés des essais, alors qu’ils ont en moyenne plus de risques de développer un cancer que la population générale, et ce d’autant que, grâce aux traitements actuels, leur espérance de vie augmente. En France, depuis 2014, le réseau CancerVIH s’attache à recenser les essais cliniques "cancer" ouverts aux patients atteints de VIH. "Ce forum international à l’Institut Curie, endroit symbolique, a rapproché les communautés VIH et Cancer à tous les niveaux chercheurs, médecins, industries pharmaceutiques et patients. Un vrai succès pour avancer en partageant, une démarche complètement dans l’esprit de Marie Curie", conclut Geneviève Almouzni.

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