Actualité - Médecine de précision

Cancer de la vessie : un nouveau pas franchi vers la médecine de précision

Anne-Laure Lebrun
04/10/2019
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Une classification moléculaire consensus des cancers de vessie envahissant le muscle vient d'être accepté dans le European Urology. Elle ouvre d’intéressantes perspectives en termes de diagnostic et de pronostic dans la prise en charge du cancer de la vessie.
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Il est important d'établir une classification moléculaire consensus à la fois pour les études biologiques et les essais cliniques. En effet les réseaux de régulation, les marqueurs diagnostiques, pronostiques et prédictifs de la réponse aux traitements peuvent être spécifiques d'un sous-type de tumeurs.

Le cancer de la vessie est divisé en deux grandes catégories : le cancer limité à la muqueuse, la première couche de la paroi de la vessie, et le cancer infiltrant le muscle, considéré comme une pathologie très agressive. Au sein de cette seconde catégorie, il est admis qu’il existe une importante hétérogénéité des tumeurs, ce qui exige une prise en charge adaptée et individualisée. Pour y parvenir, une équipe de chercheurs internationaux, dirigée par l’Institut Curie et l’équipe Carte d’identité des tumeurs (CIT) de la Ligue nationale contre le cancer, présentent une classification moléculaire des cancers de la vessie infiltrant le muscle dans European Urology.

Cette classification qui fait aujourd’hui consensus est le fruit d’un travail collaboratif de plus de 4 ans.

Jusqu’à présent il existait 6 systèmes de classification comportant de 2 à 10 sous-types avec des noms différents même pour des sous-types correspondants aux mêmes tumeurs. Chacune avait sa part de vérité, mais l’existence de plusieurs classifications compliquait le dialogue au sein de la communauté scientifique

explique François Radvanyi, Chef de l'équipe oncologie moléculaire (CNRS/UPMC/Institut Curie) et un des responsables de ces travaux.

Cette nouvelle stratification définit désormais 6 sous-classes de cancer de la vessie infiltrant le muscle, et une seule dénomination pour chacune d’elles. Pour former ces groupes, les chercheurs se sont appuyés sur les différentes données moléculaires (mutations génétiques, transcriptome) présentées par les tumeurs prélevées chez 1750 patients à travers le monde.

Une hétérogénéité qui implique des différences en termes de pronostic (certaines tumeurs sont plus agressives que d‘autres), mais aussi de réponses aux traitements. Elle signifie également que chacun des sous-types présente des anomalies pourrait devenir des cibles thérapeutiques.

« La quasi-totalité des essais cliniques réalisés dans le cancer de la vessie ne prennent pas compte des caractéristiques moléculaires des tumeurs. Mais à l’avenir, nous devrons construire des études qui évaluent l’efficacité de différents traitements en fonction du sous-type. »

souligne le Pr Yves Allory chef du service d’anatomopathologie du site de Saint-Cloud de l’Institut Curie qui a participé à ces travaux.

Les chercheurs souhaitent maintenant réaliser ce même travail pour le cancer de la vessie non infiltrant car il présente lui aussi des disparités.

Sources

A Consensus Molecular Classification of Muscle-invasive Bladder Cancer

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