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Métabolisme cérébral et cancer du poumon : le cerveau livre de nouvelles clés sur le pronostic

15/06/2026

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Métabolisme cérébral et cancer du poumon

Les dernières années ont vu d’importants progrès dans la prise en charge des patients atteints de cancer, notamment par la précision avec laquelle les tumeurs sont caractérisées, permettant d’adapter les traitements à chaque cas. Dans le cadre d’un projet de médecine des systèmes, qui tend elle, vers une prise en compte du patient dans sa globalité, une étude rétrospective menée à l’Institut Curie a montré que chez les patients atteints d’un cancer du poumon, un hypométabolisme cérébral est associée à un mauvais pronostic. Publiée dans The Journal of Nuclear Medecine en avril 2026, cette étude ouvre la voie vers des pistes de recherche prometteuses pour développer de nouveaux outils pronostiques.

Le cancer du poumon est le 2e cancer le plus fréquent chez l’homme et le 3e chez la femme, avec près de 53 000 nouveaux cas par an en France1. Tout au long de la prise en charge des patients, les images médicales, dont celles obtenues par TEP Scan2 , permettent de suivre l’évolution de la maladie. 

« Sur ces images, seul un nombre restreint de paramètres mesurés sur la ou lésions tumorales est pris en compte par les médecins » explique le Dr Irène Buvat, directrice de recherche CNRS et directrice de la nouvelle unité Imagerie, radiothérapie innovante et médecine des systèmes (IRIS – Institut Curie / CNRS UMR9029 / Inserm U1353 / Université Versailles Saint-Quentin).  « Or, le patient ne peut se résumer à ses lésions tumorales... C’est pourquoi, nous avons examiné les organes et tissus environnants, pour évaluer si leur fonctionnement pouvait également être altéré en présence d’un cancer et renseigner sur l’évolution de l’état des patients. Comprendre ces liens pourrait nous permettre de proposer des critères complémentaires de suivi de la progression ou non de la maladie à partir d’examens déjà réalisés dans le parcours de soin des malades »

Une étude rétrospective chez 380 patients permet d’identifier de nouvelles pistes de recherche de biomarqueurs

Une étude réalisée par le Dr Julie Auriac dans le cadre de sa thèse et dirigée par le Dr Irène Buvat et le Dr Fanny Orlhac, chargée de recherche Inserm et cheffe de l’équipe Radiomique intégrative pour la médecine de précision au sein de l’unité IRIS a été publiée dans le Journal of Nuclear Medecine le 9 avril 2026. Les données cliniques et d’imagerie de 380 patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules (environ 85% des cancers du poumon3), pris en charge à l'Institut du Thorax Curie-Montsouris entre 2010 et 2023, ont été analysées rétrospectivement dans le but d’identifier des corrélations avec la survie des patients.

« Cette étude rétrospective nous a permis d’explorer de nouvelles pistes. Cela aurait été impossible il y a quelques années. C’est grâce à l’utilisation d’algorithmes d’IA pour annoter automatiquement les images et extraire les paramètres que nous avons pu découvrir ce lien inattendu entre le métabolisme cérébral et le pronostic » rajoute le Dr Fanny Orlhac.

Le métabolisme cérébral : nouvel outil pronostic ?

En explorant les données cliniques, biologiques et d’imagerie des patients, les chercheurs ont été interpellés par un paramètre en particulier : le métabolisme cérébral. Tout comme les tumeurs, le cerveau consomme beaucoup de glucose. Au TEP scanner, celui-ci capte fortement le radiotraceur. En quantifiant cela, les chercheurs ont observé qu’une captation moindre était associée à un risque de mortalité plus élevée.

« En d’autres termes, quand le métabolisme cérébral est diminué, la survie l’est aussi. Mais les raisons de cette diminution restent inconnues. Nous savons que le métabolisme cérébral peut être affecté par de nombreux facteurs, tels que l’âge ou l’inflammation. Nous avons écarté ces hypothèses, et pensons qu’il s’agit probablement d’un marqueur de l’état fonctionnel général du patient », propose le Dr Irène Buvat.

« En effet, l’état physique, psychologique ou nutritionnel du patient, les traitements administrés, peuvent influer sur le métabolisme cérébral. Or nous n’avons pas eu systématiquement accès à ce genre d’informations, l’étude étant rétrospective. Ce sont des pistes que nous allons explorer par la suite, en collectant prospectivement les informations qui pourraient nous permettre d’expliquer cette variation du métabolisme cérébral chez les patients de mauvais pronostic », explique le Dr Fanny Orlhac.

Vers une recherche médicale des systèmes

Une nouvelle vision de la maladie, et de l’impact qu’elle a sur l’organisme, émerge depuis quelques années : celle du corps qui serait affecté par la maladie dans sa globalité. C’est un changement de paradigme qui tend vers une recherche ne se focalisant plus seulement sur l’organe malade, mais sur toute la personne, ou whole-person 4 en anglais.

« La médecine et la recherche sont fragmentées aujourd’hui : chaque organe est étudié séparément des autres et les spécialistes des différents organes n’interagissent pas fréquemment. Nous proposons aujourd’hui un changement de paradigme profond, une réorganisation de la culture et méthodologie de recherche afin de comprendre comment une maladie peut affecter tout le corps », précise le Dr Irène Buvat.
« En pratique, cela requiert une recherche interdisciplinaire, pilier du travail des équipes à l’Institut Curie. Dans notre nouvelle unité IRIS travaillent des chercheurs, médecins et ingénieurs de différents horizons, différentes disciplines et cette proximité nous donne de réelles impulsions dans nos projets de recherche », conclut le Dr Fanny Orlhac.
 

 

1 Source 

2 L’imagerie par tomographie d’émission de positons (TEP) permet de visualiser le fonctionnement des organes et tissus. En cancérologie, le radiotraceur le plus fréquemment utilisé renseigne sur la consommation de glucose des cellules et permet ainsi de repérer les lésions tumorales, d’en évaluer l’extension ainsi que la réponse aux traitements.

3 Source 

4 Buvat et al, 2026 Cross-disciplinary methodologies for whole-person research– insights from EMPOWER2024
 

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