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Fatima Mechta-Grigoriou : son combat contre les cancers du sein triple-négatif

Céline Giustranti
29/09/2016
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L’annonce d’un cancer du sein masque parfois des réalités différentes. Si pris à temps, certains cancers du sein se soignent relativement bien, ce n’est pas le cas des triple-négatifs pour lesquels les médecins sont encore trop souvent assez démunis.
Portraits chercheurs - binôme Soumelis et Mechta-Grigoriou

Portraits du binôme Fatima Mechta-Grigoriou, chercheuse, et Vassili Soumélis, médecin-chercheur de l’Institut Curie. Fatima Mechta-Grigoriou et le Dr Vassili Soumelis coordonnent, à l’institut curie,…

Une nouvelle fois, Fatima Mechta-Grigoriou s’attaque aux cancers du sein les plus agressifs à ce jour, à savoir les triple-négatif (TN) et les HER2. "Pour ces derniers, explique la chercheuse, on dispose de thérapies ciblées, notamment Herceptin, qui ont changé la donne quant au pronostic. Toutefois, des résistances apparaissent, d’où la nécessité pour ces cancers de poursuivre la recherche de nouvelles pistes thérapeutiques."

Le plus fréquent des cancers féminins se décline en effet en 3 sous-familles : les luminaux, sensibles à l’hormonothérapie et souvent de bon pronostic, les HER2 et les TN. Représentant 10 % à 20 % des cancers du sein, les TN se caractérisent par l’absence de récepteurs hormonaux et de surexpression de HER2. Ils font figure de priorité aux yeux de la chercheuse car il n’existe à ce jour aucune thérapie ciblée efficace pour traiter les femmes atteintes de cette forme de cancer.

Un marqueur possible...

Les cancers TN ont tendance à former des métastases à distance, alors que les cancers HER2 vont plutôt disséminer dans les ganglions. Lorsque ces cancers ont commencé à disséminer, seule la chimiothérapie est envisageable.

Les patientes atteintes de cancer TN ne répondent pas toutes de la même façon à la chimiothérapie et, à terme, plus de la moitié d’entre elles vont développer des résistances. Début 2016, Fatima Mechta-Grigoriou et son équipe Stress et cancer (Inserm/Institut Curie, labélisée Ligue nationale contre le cancer) ont identifié un marqueur de la sensibilité à la chimiothérapie. "La baisse de la protéine H2AX sous chimiothérapie apparaît comme un indicateur de l’efficacité du traitement et de la survie chez les patientes atteintes de cancer du sein TN", souligne la chercheuse.

... une piste thérapeutique pour les HER2, mais pas pour les TN

Un résultat positif qui n’efface toutefois pas la récente déception de la chercheuse. "Des études avaient montré le potentiel des inhibiteurs de la voie CXCR4/CXCL12 pour enrayer non seulement la croissance mais aussi le développement de métastases dans des modèles cellulaires de cancer du sein", décrit la chercheuse. Tout présentait ces inhibiteurs comme une piste intéressante pour les cancers du sein, qu’ils soient HER2 ou TN. Une piste que son équipe a explorée grâce aux modèles animaux obtenus à partir de tumeurs humaines dont ils disposent.

Premier résultat positif : les deux inhibiteurs CXCR4/CXCL12 testés réduisent la taille des tumeurs HER2, et ce également dans les modèles résistant aux traitements ciblés sur HER2. En revanche, ils ne font preuve d’aucune efficacité sur les tumeurs TN. Mais ce qui a peut-être le plus surpris, voire inquiété, la biologiste, c’est que dans environ 25 % des cas ces inhibiteurs ont même des effets délétères : ils augmenteraient la proportion de métastases.

Si les inhibiteurs CXCR4/CXCL12 apparaissent comme une piste prometteuse à creuser pour les cancers du sein HER2, l’équipe de Fatima est d’ores et déjà retourné à la paillasse pour trouver d’autres stratégies pour venir à bout des cancers TN, comme la chloroquine. Son équipe avait montré en 2014 que cet antipaludéen, connu pour bloquer l’autophagie, un mécanisme cellulaire fortement impliqué dans la progression et la résistance à la chimiothérapie des cancers du sein TN, pourrait être prescrit en complément des chimiothérapies – à l'exception des taxanes – pour accroître leur efficacité. Le combat continue.

En savoir plus

CXCR4 inhibitors could benefit to HER2 but not to Triple-Negative breast cancer patients
Lefort S., Thuleau A., Kieffer Y., Sirven P., Bieche I., Marangoni E., Vincent-Salomon A., and Mechta-Grigoriou F.
Oncogene, réference à completer

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Christophe Hargoues / Institut Curie