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Cancer de la prostate : dépister ou ne pas dépister ?

Céline Giustranti
20/09/2016
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En ce mois de septembre, les professionnels du cancer de la prostate lancent des campagnes de sensibilisation et d’information sur ce cancer qui se situe au 1er rang des cancers chez l'homme. Décryptage avec les cancérologues de l’Institut Curie.
Département interdisciplinaire de soins de support pour le patient en oncologie (DISSPO)

Les objectifs des équipes rattachées au département interdisciplinaire de soins de support pour le patient en oncologie (DISSPO) sont la prévention et le traitement des symptômes, le soutien…

« 53 465 nouveaux cas estimés de cancer de la prostate en 2009 en France métropolitaine ; 56 841 nouveaux cas attendus pour 2012 » ; les données de l’Institut national du cancer (INCa) donnent le ton. Le nombre d’hommes chez qui ce cancer est diagnostiqué est en hausse depuis plus d’une dizaine d’années. Pourquoi ? La raison principale est le meilleur suivi médical des hommes avec notamment le dépistage individuel du cancer de la prostate par le dosage du PSA. Et à ce propos, la polémique fait rage en France.

 

Pour ou contre le diagnostic précoce du cancer de la prostate ?

Tout le monde s’accorde sur l’absence d’intérêt d’un dépistage de masse. Aucun pays au monde ne s’est lancé dans un dépistage organisé…Mais se pose l’intérêt d’un diagnostic précoce à l’échelon individuel, le cancer de prostate n’étant curable qu’au stade de tumeur localisée. Hors, prenant naissance dans la partie postérieure de la prostate, il ne s’accompagne habituellement pas de signes urinaires d’où la question de l’utilité du dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) qui n’est pas un marqueur tumoral mais un marqueur d’organe, ce qui explique sa faible spécificité.

 

« Début 2016, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et l’Institut national du cancer (INCa) ont remis en cause le dépistage individuel par le dosage du PSA pour cause de risque de surtraitement. La diminution constatée de la mortalité par cancer de la prostate est pourtant la conséquence de cette stratégie de dépistage par dosage du PSA. La Cnam menace d’en suspendre le remboursement. » déplore le Dr Philippe Beuzeboc, oncologue médical à l’Institut Curie (département d’Oncologie médicale) et membre de l’Association française d’urologie (AFU). Association professionnelle qui continue à recommander pour les hommes de 50 à 70 ans la possibilité d’un diagnostic précoce individuel par un premier examen avec dosage de PSA à 50 ans avec ensuite un suivi adapté aux résultats de ce premier test. Suivi d’un second examen quelques années après et ainsi de suite…

C’est en effet la cinétique du taux de PSA au regard du poids de la prostate du patient, au fil du temps qui est informative. « A l’échelon individuel, un médecin n’a pas le droit à l’erreur. Certes, il existe des cancers de la prostate au développement indolent mais il y a un réel intérêt à faire un diagnostic précoce car parfois ces cancers de la prostate peuvent être agressifs. » reprend le Dr Philippe Beuzeboc. N’oublions pas que près de 9 000 hommes en meurent chaque année, d’évolution métastatique, essentiellement osseuse, avec une fin de vie particulièrement pénible.

(Photo © Pedro Lombardi / Institut Curie)

 

Quelles sont les études qui étayent ces positions opposées ?

La Cnam et l’INCa se sont basés sur l’étude américaine Prostate Lung Colorectal and Ovarian cancer screening trial (PLCO) montrant que le dépistage n’apporte pas de bénéfice en termes de survie. « Mais l’AFU dénonce un biais majeur : une majorité des patients du bras témoin de cette étude ont fait des contrôles de leur PSA (Près de 90% dans une publication récente). Cette « pollution majeure rend caduque les conclusions ». reprend-il. Aux Etats-Unis, on risque d’observer une recrudescence des cancers plus évolués de la prostate depuis la recommandation de suspendre les dosages (New England Journal of Medicine, NEJM). Et depuis les données récentes sur le biais (taux de pollution) de l’étude PLCO, ces recommandations sont en passe d’être revues…

Au contraire, l’étude européenne, European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer (ERSPC) montre avec 15 ans de recul un bénéfice significatif de ce dépistage individualisé.

« Ce qui est contestable, c’est que avec les mêmes comparatifs et suivis, nos tutelles préconisent le dépistage du cancer du sein et réfutent celui du cancer de la prostate alors que le bénéfice en terme de réduction de mortalité est comparable chez l’homme et chez la femme. La seule différence est que l’on gagne 14 ans de vie pour une vie gagnée dans le cancer du sein versus 8 ans et demi dans le cancer de prostate en raison de l’âge de survenue plus tardif de ce cancer » termine le Dr Beuzeboc.

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