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ARN et cancer : le processus de traduction sous influence

Elsa Champion
14/09/2021
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Il est au cœur de l’actualité et de toutes les attentions. S’il existe aujourd’hui des ARN thérapeutiques, c’est parce que depuis plus de 20 ans, la communauté scientifique s’intéresse à l’ARNm. A l’instar de l’équipe de Stéphan Vagner à l’Institut Curie, en collaboration avec Gustave Roussy, qui a examiné les mécanismes de régulation de la « traduction » des ARNm en protéines.
équipe vagner

Progression tumorale, plasticité des cellules cancéreuses, résistance aux traitements… leur analyse révèle des processus complexes qui diffèrent selon les types de cancers et traitements. Publiés dans l’édition de septembre 2021 de Nature Reviews Cancer, leurs travaux ouvrent des perspectives vers de nouvelles cibles thérapeutiques anti-tumorales ou combinaisons de traitements.

Dans les cellules, l’expression des gènes est régie par au moins 2 étapes clés : la transcription des gènes en ARN messagers puis la traduction, le processus permettant la synthèse des protéines à partir des ARNm. A l’Institut Curie, Lucilla Fabbri et Alina Chakraborty, post-doctorants dans l’équipe « Biologie des ARN, signalisation et cancer » (Institut Curie, CNRS, Inserm) dirigée par Stephan Vagner, s’intéressent à la régulation et à la plasticité de ce processus de traduction des ARNm dans la biologie du cancer. Ils viennent de publier, avec leur collègue de Gustave Roussy, un article de synthèse dans Nature Reviews Cancer.

La régulation de la traduction : un facteur déterminant des réponses cellulaires

Les chercheurs montrent que le processus de traduction met en œuvre une dynamique complexe qui permet à la cellule de contrôler l’expression de ses gènes, d’opérer des changements rapides des taux de synthèse des protéines et donc de répondre efficacement aux signaux intra et extracellulaires. Les acteurs de cette régulation sont nombreux et parmi eux : des centaines de facteurs de traduction régulateurs, des protéines de liaison à l'ARN, des protéines ribosomiques, des centaines voire des milliers d’ARN non codants…

Décrypter la traduction des ARNm pour développer de nouvelles thérapies

Lors des processus tumoraux, des voies intracellulaires dysfonctionnent, des stress micro-environnementaux surviennent, entrainant une dérégulation de la traduction des ARNm qui elle-même influe sur les cellules cancéreuses. Analyser et comprendre cette plasticité est essentiel pour comprendre les phénomènes de progression tumorale et de résistance aux traitements. Quels sont les facteurs qui interviennent dans ces processus tumoraux, en fonction des types de cancers et des traitements reçus ? C’est ce que les chercheurs ont analysé. Ils ont également décrypté comment cette régulation se met en œuvre en réponse au traitement classiques, aux thérapies ciblées, aux immunothérapies du cancer.

La régulation de la traduction des ARNm constitue un facteur clé de la progression du cancer et de la résistance aux traitements. Le contrôle traductionnel constitue donc une vulnérabilité du cancer qui peut être ciblée afin de limiter sa progression et de surmonter la résistance aux traitements

déclare Stéphan Vagner.

« Ce décryptage très précis nous permet d’envisager de nouvelles thérapies qui pourraient cibler ce processus de traduction des ARNm dans un contexte de cancer ».

Référence :

Fabbri, L., Chakraborty, A., Robert, C., Vagner S. The plasticity of mRNA translation during cancer progression and therapy resistance. Nat Rev Cancer 21, 558–577 (2021). https://doi.org/10.1038/s41568-021-00380-y

 

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