Protontherapie-enfant

Cancers de l'enfant : le neuroblastome

Céline Giustranti
23/03/2017
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Le neuroblastome est la tumeur maligne solide extra-cérébrale la plus fréquente du jeune enfant. Cette tumeur se caractérise par une extrême variabilité clinique et évolutive, allant de la régression spontanée sans traitement à la progression rapidement fatale, malgré une fréquente diminution, voire disparition des signes sous chimiothérapie intensive.

Caractéristiques et diagnostic

La cause du neuroblastome n’est pas connue dans la majorité des cas. Cependant des syndromes de prédisposition ont été décrits : neurofibromatose de type 1, maladie de Hirschsprung, syndrome d’Ondine. Très exceptionnellement, le neuroblastome a été observé en association avec un syndrome de Beckwith-Wiedemann ou un syndrome de Di-George.

Le neuroblastome se développe à partir du système nerveux sympathique, principalement dans l’abdomen, parfois le long de la colonne vertébrale ou au niveau des glandes surrénales. Les autres localisations, quoique plus rares, peuvent être le thorax, le cou ou le pelvis.

Le traitement dépend de quatre critères principaux : l’âge de l'enfant au diagnostic, le stade d’extension, la possibilité d'une chirurgie de la tumeur primitive, ainsi que l’amplification du gène N-myc. En effet, parmi les altérations génétiques décrites dans le neuroblastome, un facteur pronostic majeur a été identifié au cours des années 80 : la présence de multiples copies de l’oncogène N-myc dans une cellule tumorale. Celles-ci sont associées à un risque élevé de développer des métastases. L’analyse de ce gène fait donc désormais partie de l’arsenal diagnostique. Celui-ci permet de classer les neuroblastomes en différents stades classés de 1 à 4 et 4s. Les stades 1, 2 et 3 correspondent aux formes localisées alors que le stade 4 correspond aux formes métastatiques. Le stade 4s se caractérise par la présence de métastases hépatiques et cutanées généralement importantes, parfois dans la moelle osseuse, mais jamais osseuse. Cette forme tumorale, assez particulière, régresse dans la grande majorité des cas, soit spontanément, soit suite à une chimiothérapie peu agressive.

 

Choisir le bon traitement pour une tumeur donnée

Pour les tumeurs opérables d’emblée, une chirurgie seule sera le plus souvent suffisante; pour les tumeurs non opérables d’emblée, une chimiothérapie pré-chirurgicale est nécessaire avant la chirurgie. Dans les formes métastatiques et/ou en cas d’amplification l’oncogène N-Myc, une consolidation par une chimiothérapie intensive avec greffe de cellules souches est le plus souvent indiquée. La radiothérapie locale reste réservée aux formes de mauvais pronostic.

En 2005, l’analyse du suivi de 905 enfants atteints de neuroblastome localisé traités chirurgicalement dans 10 pays européens entre janvier 1995 et octobre 1999 a permis d’établir des recommandations. Cette analyse, la première d’une telle envergure, sert désormais de base à l’émergence d’une chirurgie plus homogène pour traiter les enfants atteints de neuroblastome localisé et diminuer ainsi les séquelles des traitements chirurgicaux trop précocement entrepris chez les jeunes patients concernés.

 

Vers des premiers traitements personnalisés

Parallèlement, les évolutions des techniques de génétiques offrent la possibilité de mieux décrypter les anomalies en jeu dans le développement du neuroblastome. Ainsi l’altération du gène Alk est un événement fondateur du développement de certains neuroblastomes. Compte-tenu de ces caractéristiques, c’est un parfait candidat pour la mise au point d’une thérapie ciblée. D’ailleurs, des études cliniques sont actuellement en cours pour évaluer l’efficacité d’une thérapie ciblée sur cette altération chez les enfants atteints de neuroblastome.

D’autre part, un protocole européen, LINES, actuellement en cours vise à adapter l’intensité des cures de chimiothérapies en fonction du profil génomique. 

Les recherches se poursuivent pour mieux comprendre les rechutes survenant chez les jeunes enfants et trouver une piste pour les traiter. Parmi les autres pistes étudiées par l’équipe d’Oncologie pédiatrique de la pédiatre Gudrun Schleiermacher figure l’établissement d’un diagnostic précis à partir d’une simple prise de sang. L’analyse de l’ADN tumoral circulant apparaît comme un substitut pour établir le profil génomique du neuroblastome, dans les cas où un accès à la tumeur elle-même n’est pas possible, ou pour suivre l’évolution tumorale.

Chiffres-clés

  • 130 à 150 nouveaux cas par an en France  
  • 50% des enfants atteints – aussi bien des filles que des garçons – ont moins de 2 ans.  
  • 60% des neuroblastomes sont diagnostiqués à un stade présentant déjà des métastases nécessitant un traitement intensif
  • Environ 40 % des patients présentent une forme localisée et guérissent grâce à des traitements assez peu agressifs
  • Le taux de survie varie de 40% à plus de 95%