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Des recherches aux enjeux très variés

Emilie Gillet
09/01/2020
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Bien que les tumeurs de l’oeil soient des cancers extrêmement variés, dans leurs manifestations, leurs prises en charge mais aussi leur pronostic, elles partagent un enjeu majeur et primordial, celui du diagnostic précoce.

Or il y a de moins en moins d’ophtalmologues en France et l’on voit malheureusement repartir à la hausse le taux d’énucléations liées à certaines de ces tumeurs. C’est tout à fait regrettable car nous disposons en France d’une des meilleures expertises au monde grâce notamment aux réseaux Melachonat et Loc.

déplore le Dr Jean-Pierre Caujolle, ophtalmologue au CHU de Nice et spécialiste du mélanome de l’uvée.

 

Concernant les rétinoblastomes, comme dans nos pays industrialisés l’immense majorité des patients guérit, les recherches se concentrent essentiellement sur l’amélioration des traitements afin de préserver au maximum les globes oculaires et l’acuité visuelle des enfants. Il s’agit par exemple de la mise au point d’un traitement de photothérapie dynamique, qui repose sur l’injection de molécules sensibles à la lumière directement dans la rétine. Ces molécules sont activées grâce à une lumière d’une longueur d’onde bien précise allumée à proximité de la tumeur : elles réagissent alors avec l’oxygène présent dans le tissu et libèrent des molécules très toxiques pour les cellules cancéreuses.

Il existe aussi de nombreux travaux en génétique, visant notamment l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques mais aussi de marqueurs permettant de mieux caractériser les différentes formes cliniques de la maladie, et d’adapter en fonction la prise en charge thérapeutique.

Pour les mélanomes de l’uvée, l’objectif de l’ophtalmologue étant de conserver le globe oculaire avec la meilleure vision possible, les recherches visent à définir les meilleures conditions dans lesquelles c’est envisageable, et à adapter en fonction les traitements complémentaires. Pour les formes métastatiques, dont le pronostic est encore sombre, « il y a beaucoup d’études sur la biologie moléculaire des tumeurs, explique le Dr Ann Schalenbourg, car nous voulons comprendre pourquoi certaines forment des métastases et d’autres pas, et adapter ainsi la prise en charge. Par ailleurs, on a découvert que seulement certaines tumeurs présentant des mutations particulières répondaient bien à des nouveaux traitements type immunothérapie, et d’autres à certaines chimiothérapies dites sélectives. Cela permet de personnaliser les traitements.» Un programme de recherche européen impliquant 11 partenaires et coordonné par l’Institut Curie a d’ailleurs été lancé en 2017 pour identifier de nouvelles pistes thérapeutiques pour ces formes métastatiques du mélanome de l’uvée. Enfin pour les lymphomes intraoculaires vitréo-rétiniens, qui sont des tumeurs que l’on peine à contrôler pour l’instant, la recherche se concentre sur des traitements permettant de limiter la dissémination des cellules cancéreuses au cerveau. Plusieurs essais cliniques sont en cours en France, pour évaluer l’intérêt de traitements innovants de type immunothérapie et thérapie ciblée qui ont fait leur preuve dans la prise en charge d’autres formes de lymphomes.