Immunothérapie chez l’enfant : l’espoir des tumeurs rhabdoïdes

Anne Coppola
07/02/2019
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L’identification de nouvelles thérapeutiques pour augmenter les chances de contrôle de la maladie autant que pour diminuer les séquelles des traitements classiques, est une priorité en oncologie pédiatrique, particulièrement bien illustrée par les tumeurs rhabdoïdes cérébrales.
Franck Bourdeaut

Uriel Chantraine / Institut Curie

Si l’immunothérapie soulève de nombreux espoirs dans le traitement des cancers de l’adulte, on ne peut pas en dire autant pour les cancers de l’enfant. Le principal frein, c’est que leur système immunitaire n’est pas mature.

Toutefois des travaux pré-cliniques menés sur les tumeurs rhabdoïdes apportent de premiers espoirs. A l’Institut Curie, le Dr Franck Bourdeaut, Chef d’équipe au laboratoire RTOP (Recherche Translationnelle en Oncologie Pédiatrique), mène avec Eliane Piaggio, Célio Pouponnot et Joshua Waterfall, un projet collaboratif autour des tumeurs rhabdoïdes, « Immunology of rhabdoid tumors ». 

Les tumeurs rhabdoïdes sont des cancers rares mais très agressifs, touchant particulièrement les jeunes nourrissons et les enfants, et se développant dans une grande variété d’organes, dont le rein, le foie, le cerveau, etc. L’agressivité de ces tumeurs requière aujourd’hui des traitements chirurgicaux, de chimiothérapie et de radiothérapie très lourds, efficaces pour encore une minorité de patients, et pourvoyeurs de très sérieuses séquelles. Ces préoccupations sont d’autant plus grandes lorsque les tumeurs rhabdoïdes se développent dans le cerveau, et que l’on est contraint d’utiliser des fortes doses d’irradiation mettant en péril le développement neurologique de ces enfants.

L’objectif du programme de recherche mené par Franck Bourdeaut est de définir des modalités de traitement par immunothérapie permettant de répondre aux deux difficultés mentionnées, l’augmentation des taux de guérison à tout âge et la diminution des séquelles.

Ces travaux se basent sur des résultats encourageants observés chez un enfant atteint d’une tumeur rhabdoïde et décrite en juin 2017 par Franck Bourdeaut. « Malgré une tumeur particulièrement agressive et résistante à tous les traitements, l’enfant avait vu son état clinique s’améliorer rapidement, en trois semaine, après avoir reçu le premier traitement d’immunothérapie. Les résultats ont été tellement surprenants (l’enfant a pu reprendre une vie normale), que l’on a commencé à s’y intéresser. C’était la première fois que l’on observait cela. »

C’est de cette observation clinique qu’est né le programme de recherche sur la place de la réponse immunitaire dans les tumeurs rhabdoïdes. Grâce au modèle de tumeurs rhabdoïdes de souris récemment développé dans le laboratoire de Franck Bourdeaut, l’équipe dispose de conditions expérimentales exceptionnelles pour définir les meilleures modalités d’immunothérapie. Le premier objectif est d’optimiser les conditions d’immunothérapie par une étude approfondie de l’immunité activée dans les tumeurs rhabdoïdes et par l’identification des meilleures cibles de traitement.

Il faut cependant rester prudent. L’immunothérapie n’est pas une solution miracle : pour d’autres enfants un traitement identique n’a pas fonctionné et on sait que ces traitements peuvent n’être que transitoirement efficaces… 

En outre, la place essentielle encore accordée à la radiothérapie dans le traitement des tumeurs rhabdoïdes incite aussi à réfléchir à une utilisation optimisée des rayons avec l’immunothérapie. De telles combinaisons commençant à démontrer un intérêt potentiellement très prometteur dans d’autres cancers, l’équipe envisage d’explorer comment les rayons activent le système immunitaire dans les tumeurs rhabdoïdes, et, à partir de ces conclusions, comment moduler l’irradiation, traitement classique mais toxique, pour en faire un outil synergique de l’immunothérapie.

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