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COVID-19 et soins de support : entretien avec le Dr Carole Bouleuc

Catherine Goupillon
08/04/2020
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4 questions au Dr Carole Bouleuc, cheffe du département de soins de support à l’Institut Curie
Carole Bouleuc

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans ce contexte ?

Dans cette période de crise sanitaire sans précédent, l'Institut Curie a dû mettre en place une réorganisation complète de la prise en charge de ces patients dans le but de les protéger, ainsi que de protéger l'ensemble de la population et des soignants. Pour chaque patient prise en charge, une analyse médicale concertée a permis de déterminer la meilleure option thérapeutique : soit poursuivre le traitement oncologique lorsqu'il s'avère nécessaire, soit le modifier ou le suspendre quand cela est possible pour limiter les risques d'infection COVID.

Dans ce contexte il est bien naturel que certains patients puissent avoir des inquiétudes ou des questions concernant leur propre situation médicale. C'est pourquoi l'équipe de soins de support et du département d'oncologie médicale ont mis en place une ligne téléphonique dédiée aux questions concernant l'impact de l'organisation sanitaire actuelle sur leur prise en charge. Tous les jours des assistantes médicales spécialisées et un médecin oncologue répondent à leurs questions de manière personnalisée. Site hospitalier de Paris : 01 56 24 57 42 – Site hospitalier de Saint-Cloud : 01 47 11 18 84.

Comment s’organisent les activités de soins de support ?

Plus que jamais les soins de support sont importants pour les patients.  Ainsi, nous avons décidé de poursuivre entièrement l'offre de soins de support qui est habituellement proposée. Pour des raisons de protection, un grand nombre d'entretien physique se transforme en entretien téléphonique avec les psychologues, les assistantes sociales et les diététiciennes. De même, les consultations médicales dédiées à la prise en charge de la douleur et des symptômes sont réalisées en téléconsultation permettant un contact visuel bien utile à la qualité de la prise en charge. Même dans cette période de crise, les patients peuvent continuer à bénéficier des soins de support pour faire valoir leurs droits sociaux, pour obtenir des aides à domicile, pour bénéficier d’un soutien psychologique ou de conseils alimentaires et nutritionnels. Site hospitalier de Paris : psychologue 01 44 32 40 33, service social 01 56 24 68 77, diététiciennes 01 44 32 44 97 – Site hospitalier Saint Cloud psychologue 01 47 11 23 80, service social 01 47 11 15 17, diététiciennes 01 47 11 15 24

Avez-vous mis en place des dispositifs particuliers ?

Les proches des patients suivis à l'Institut Curie peuvent subir également les conséquences de la crise sanitaire actuelle : afin de limiter les risques de contamination des patients et du personnel, ils ne sont plus admis à l'intérieur de l’hôpital, et ne pourront pas accompagner le patient au cours d'une consultation, d'une séance de chimiothérapie ou de radiothérapie. Certaines exceptions sont possibles, en particulier lorsque le patient n'est pas autonome pour ses déplacements et également en hospitalisation lorsque la situation médicale est complexe. Ajouté aux difficultés psychologiques, sociales et familiales provoquées par le confinement que beaucoup de proches peuvent ressentir, cet éloignement du proche en cours de soins peut être une source supplémentaire de stress.  C'est pourquoi nous avons mis en place une consultation téléphonique dédiée aux proches assurée par une des psychologues de l'Institut Curie. Site Paris 01 44 32 40 33, Site Saint Cloud 01 47 11 23 80 

Quels conseils souhaitez-vous partager avec les patients ?

Le confinement et les mesures de distanciation sociales peuvent présenter des risques psychologiques, en particulier pour les patients, plus vulnérables que la population générale sur ce plan. Autant que possible la vie relationnelle avec les proches, les amis, la famille, le voisinage ou les collègues de travail doit être maintenue afin d'éviter un sentiment d'isolement. D’autres activités peuvent les aider dans la gestion du stress comme la méditation, le yoga ou la sophrologie, dont certaines études scientifiques ont validé l’impact bénéfique. Des exemples vidéos en ligne (gratuits) sont disponibles sur MyCharlotte.fr

Le deuxième risque du confinement est celui de la réduction de l’activité physique et sportive, ce qui peut entrainer après une certaine période un état de déconditionnement physique : moins les muscles fonctionnent et plus ils risquent de s'atrophier, entraînant alors une plus grande difficulté à réaliser le moindre effort. Les patients atteints de cancer en cours de traitement y sont particulièrement exposés. De nombreuses études ont montré le bénéfice d'une activité physique régulière pratiquée par les patients en cours de traitement sur la réduction de la sensation de fatigue et du stress, l'amélioration du sommeil ainsi que l'amélioration de la qualité de vie globale. De plus certaines études ont même montré une amélioration de l'efficacité des traitements anti-cancéreux, observant une diminution du taux de rechute. C’est pourquoi plus que jamais il faut redire l'importance d'une activité physique régulière maintenue quotidiennement et rappeler les recommandations nationales, si l'état de santé le permet, de faire au moins 30 minutes par jour, 5 jours par semaine, une activité physique de moyenne intensité, en y associant des exercices de renforcement et d'étirement musculaires. Il est conseillé aux patients d’utiliser l’autorisation gouvernementale de sortie pour une marche d’une heure et de pratiquer chez eux des séances de vélo d’appartement ou de gymnastique.

Nos partenaires la CAMI, Siel Bleu ou ROSAMOUV proposent de vous guider dans cette pratique d’activité physique quotidienne :

Pour aller plus loin
L’ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE EN PÉRIODE DE CONFINEMENT