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2021, une année exceptionnelle pour l’Institut Curie au SABCS

Claudia Legris
10/12/2021
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Moment clé de la recherche contre le cancer du sein, le San Antonio Breast Cancer Symposium se déroule cette année du 7 au 10 décembre. Une édition 2021 où l’Institut Curie est extrêmement bien représenté. Cette année, grâce à l’implication des chercheurs et médecins en matière de cancer du sein, de nombreuses thématiques sont explorées. Une moisson d’excellents résultats pour 2021 parmi lesquelles certaines méritent particulièrement d’être retenues.
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Agir sur les cancers du sein hormono-dépendants

Les cancers du sein hormono-dépendants représentent le sous-types le plus fréquent du cancer du sein. L’hormonothérapie constitue la base du traitement au stades localisés et métastatiques. Deux contributions majeures de l’Institut Curie à l’amélioration de ces traitements, au stade métastatique, sont rapportées en présentation orale  L’une des approches, évaluée dans l’essai PADA-1, coordonné par le Professeur François-Clément Bidard, oncologue médical à l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie et conduit par les groupes UNICANCER et GINECO, propose une stratégie nouvelle, qui consiste à suivre l’émergence de résistance par prise de sang et étude de l’ADN tumoral circulant, et d’adapter le traitement dès l’apparition de mutations induisant une résistance, sans attendre que les métastases ne ré-évoluent en taille.

Il s’agit de la première démonstration mondiale qu’en cas de mutation du récepteur aux œstrogènes, il vaut mieux agir précocement que tardivement pour prévenir l’évolution du cancer, avec un bénéfice important pour les patientes

Explique le Pr Bidard, oncologue médical et coordonnateur de la recherche clinique sur le cancer du sein à l’Institut.

Une autre étude internationale, pour laquelle l’Institut Curie a été le premier centre participant au niveau mondial, a permis de faire un pas en avant vers de nouvelles formes d’hormonothérapies, en l’occurrence l’elacestrant. Ces travaux montrent l’intérêt de cette nouvelle molécule, qui agit en détruisant les récepteurs des œstrogènes, en 2e ligne de traitement, comparée à une hormonothérapie classique.

Cette efficacité supérieure a été particulièrement constatée chez les patientes dont le cancer présentait des mutations de résistance du récepteur aux œstrogènes

Précise François-Clément Bidard.

Une IA quasi infaillible de détection des cancers du sein

L’Institut Curie, en partenariat avec la start-up Ibex Medical Analytics, a testé un algorithme d’intelligence artificielle extrêmement performant pour poser le diagnostic de cancers du sein sur les biopsies mammaires. Le programme a été entraîné grâce à plus de 110 000 images d’anatomopathologie provenant de patientes prises en charge au Maccabi’s Hospital à Tel Aviv. Il a ensuite été testé grâce à 500 biopsies de patients, dont plus de la moitié provenaient de l’Institut Curie et du Maccabi’s Hospital. Résultat : l’algorithme identifie de façon aussi fiable que l’œil du pathologiste les cancers in situ des cancers infiltrants.  

Il est même capable de distinguer les différents types histologiques de cancer du sein, malgré le fait que les lames ont été numérisées avec deux scanners différents et que les colorations des images n’étaient pas tout à fait les mêmes

Explique le Dr Anne Vincent-Salomon, cheffe du service de pathologie et du pôle de médecine diagnostique et théranostique de l'Institut Curie (Paris).

Pour évaluer les algorithmes, un score de précision des résultats est généré. Un algorithme parfait obtient 1. Ici, celui de l’Institut Curie atteint le score bluffant de 0,98. L’algorithme a obtenu le marquage CE et sera à disposition pour les patientes de l’Institut Curie couarnt2022.

A terme cet outil n’a pas vocation à remplacer le pathologiste mais à lui faire gagner du temps. « Ce pathologiste « augmenté » en quelque sorte va être aidé par une double lecture », explique Anne Vincent-Salomon. Entrainé pour être infaillible dans des tâches répétitives, le pathologiste bénéficiera d’un gain de temps pour se concentrer sur des cas diagnostiques complexes où l’ordinateur n’est pas utile. »

 

Les données de vie réelle pour évaluer un traitement

 

C’est une nouvelle façon d’évaluer les molécules contre le cancer, en dehors des essais cliniques classiques. Les données de vie réelle, générées lors de soins réalisés en routine chez les patients, reflètent l’usage d’un traitement dans un environnement non contrôlé. Une approche utilisée dans l’étude VITAL, réalisée avec le soutien de Pfizer et en collaboration avec de nombreux services d’oncologie médicale en France. Ces travaux portent sur l’analyse de données de vie réelle en rétrospectif et prospectif du talazoparib, sur des patientes présentant un cancer du sein triple négatif ou hormono-dépendant (avec une mutation BRCA1 ou BRCA2).

Dans cette étude était évalué le TTD, le Time to Treatment Discontinuation, c’est-à-dire le moment auquel l’équipe médicale décide d’arrêter le talazoparib (progression, toxicité, décès …). Résultat, le TTD médian se situait à 8,6 mois, sans différence selon le type de cancer présenté par les patientes ni selon la mutation.  35% des patientes étaient toujours en traitement à 12 mois.

Au-delà de l’apport de cette étude en matière d’oncologie, ces résultats confirment l’intérêt des données de vie réelle pour la recherche médicale. En effet, les résultats obtenus sont similaires aux données de survie sans progression présentées dans l’étude de phase 3 EMBRCA, évaluant le talazoparib dans une population comparable.

Les données de vie réelle évaluent une utilisation plus large des traitements que dans les essais cliniques et montrent qu’on peut transposer les résultats des essais cliniques dans la population en vie réelle 

Souligne le Dr Delphine Loirat, oncologue médicale et première autrice de l’étude.

D’ici à l’automne prochain, cette étude sera complétée avec une seconde cohorte, comprenant en tout plus de 170 patientes traitées en France.