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Réponses dissociées : encore un défi de l'évaluation de l'efficacité de l'immunothérapie

Catherine Goupillon-Senghor
05/10/2021
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L'immunothérapie a été une révolution en oncologie, non seulement de par la nouveauté de son mécanisme d'action, mais également et surtout de par l'efficacité de cette approche chez certains patients.
Laboratoire

En effet, certains patients que l'on qualifiait autrefois malheureusement de "incurables" semblent guéris de leur cancer métastatique.

Ces réponses durables que l’équipe du D3i avait déjà quantifiées dans une métaanalyse ne sont cependant obtenues que chez une minorité de patients [métaanalyse de Pons et al. publiée dans JCO Precis Oncol 2019].

L'immunothérapie se distinguait au contraire parfois par la survenue d'hyperprogressions, et l’équipe du D3i avaient été une des premières équipes internationales à le rapporter [Saada-Bouzid et al. Ann Oncol 2017]. Dans ces cas-là, l'immunothérapie produit l'effet inverse de l'effet escompté.

Enfin, des pseudo-progressions, recensées par l’équipe [Borcoman et al. Ann Oncol 2019] ont été décrites, correspondant à des patients ayant une progression initiale de leur maladie avant de constater une réponse tumorale.

 

Les équipes du D3i ont cette fois observé un nouveau phénomène de réponse à l'immunothérapie par anti-PD1/PD-L1, dénommé réponses dissociées, qui se manifeste par des lésions tumorales qui augmentent de taille tandis que d'autres diminuent.

Le Dr Pauline Vaflard, dans le cadre de sa thèse de médecine encadrée par Pr Christophe Le Tourneau, chef du Département d'Essais Cliniques Précoces (D3i) de l'Institut Curie, et avec les outils biostatistiques du Pr Xavier Paoletti [1], a estimé le taux de réponses dissociées chez 100 patients traités au D3i par immunothérapie. Pour cela, le Dr Vaflard a revu tous les scanners de tous ces patients et colligé la taille tumorale de toutes les lésions cibles au cours du temps.

Les résultats de cette étude montrent que 8% des patients avaient une vraie réponse dissociée avec au moins une lésion tumorale augmentant de taille et au moins une lésion ayant une réponse partielle, selon les critères RECIST[2]. L’étude a également permis de constater que les métastases hépatiques répondaient beaucoup moins à l'immunothérapie (2%) que les métastases pulmonaires (25%) et ganglionnaires (17%). Enfin, les lésions tumorales irradiées il y a plus de 6 mois répondaient moins bien à l'immunothérapie, alors que le phénomène inverse était observé pour les lésions biopsiées.

 

Ce travail démontre la complexité de l'évaluation de l'efficacité de l'immunothérapie.Cela nous conduit à introduire la notion de traitement local des métastases oligoprogressives en cas de réponse dissociée. En effet, si le nombre de lésions progressives est faible alors que le reste des lésions tumorales est contrôlé, il est tout à fait justifié de proposer au patient un traitement local par radiothérapie et/ou chirurgie des lésions qui progressent ! 

explique le Pr Le Tourneau

Références

« Dissociated Responses in Patients with Metastatic Solid Tumors Treated with Immunotherapy »

Drugs in R&D du 25 septembre 2021

L’article est disponible en ligne https://doi.org/10.1007/s40268-021-00362-3

ou en PDF https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s40268-021-00362-3.pdf.

 

[1] Professeur de biostatistiques à l'université de Versailles Saint Quentin et biostatisticien à l’Institut Curie

[2] Afin de simplifier et d'uniformiser les critères d'évaluation des essais cliniques, les organismes européens, américains et canadiens de recherche sur le cancer ont défini, en 2000, les critères RECIST (Response Evaluation Criteria in Solid Tumors) uniformes permettant de comparer les résultats.

 

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