Cancer du sein métastatique

Que sait-on, quelles sont ses particularités ?

Anne-Laure Lebrun
11/09/2020
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Quelque 58 000 femmes ont été diagnostiquées d’un cancer du sein en 2018. Parmi elles, 20 % au plus développeront des métastases après ce premier cancer. Et environ 5% sont déjà atteintes d’un cancer métastatique lorsqu’elles apprennent souffrir d’un cancer du sein.

Les métastases sont des tumeurs qui se développent à distance du sein malade. Les cellules cancéreuses réussissent à quitter la tumeur d’origine, à pénétrer les vaisseaux sanguins ou lymphatiques, circuler dans l’organisme puis envahir des organes (lien vers l’infographie).

C’est un processus qui prend plusieurs années, et heureusement de nombreux obstacles freinent la course des cellules cancéreuses. Mais il arrive qu’elles réussissent à les contourner et à se propager. Identifier les mécanismes impliqués est crucial pour développer des approches thérapeutiques innovantes. Des travaux récents, provenant en particulier des équipes de l’Institut Curie, montrent que certaines cellules cancéreuses acquièrent des capacités de plasticité et d’adaptation qui conduisent à leur dissémination. 

explique le Pr Alain Puisieux, directeur du Centre de recherche de l’Institut Curie.

Dans la majorité des cas, le stade métastatique est une rechute du cancer initial. Le risque de résurgence du cancer dépend de nombreux facteurs (individuels, type de maladie cancéreuse, caractéristiques moléculaires de la tumeur initiale, observance des traitements…).

Ce risque varie aussi au fil du temps. Il est plus élevé les trois années suivant le diagnostic initial. C’est pourquoi une surveillance étroite et régulière reposant sur un examen clinique et l’imagerie médicale est nécessaire. Par la suite, ce risque diminue. Malheureusement, il n’est jamais égal à zéro. C’est la particularité du cancer du sein : même des années après, des métastases peuvent être découvertes 

indique le Dr Paul Cottu, oncologue médical spécialiste du cancer du sein à l'Institut Curie.

Les patientes consultent parce qu’elles souffrent d’un symptôme récent qui ne disparaît pas. Au contraire il a tendance à s’amplifier. Cela peut se manifester par un mal de tête, des douleurs de dos ou encore une toux qui ne faiblit pas. Une diversité de symptômes illustre une autre particularité du cancer du sein métastatique : la localisation variée des métastases. En effet, de nombreux organes peuvent être touchés (os, poumon, foie, ganglions, et plus rarement moelle osseuse, cerveau, autres organes…) par une ou plusieurs tumeurs. Il n’y a donc pas un mais plusieurs cancers métastatiques.

Chez une même patiente, la tumeur initiale et les métastases peuvent avoir des profils moléculaires différents.

Et on constate même que des métastases identifiées simultanément peuvent présenter des caractéristiques différentes. En raison de cette variabilité, des traitements peuvent fonctionner dans une région mais pas dans l’autre  

soulève le Dr Cottu, ajoutant qu’au fil du temps, et notamment sous la pression des traitements anti-cancer, les tumeurs évoluent. Il est donc indispensable de pouvoir analyser le tissu métastatique afin d’adapter les thérapeutiques.

 

En raison de cette hétérogénéité, le cancer du sein métastatique reste difficile à traiter. Néanmoins, les nombreuses avancées thérapeutiques récentes permettent de contrôler la progression de la maladie.

Près de 70% des patientes sont encore en vie 7 à 8 ans après le diagnostic de la première métastase, souligne le Dr Cottu. Grâce aux progrès médicaux, le cancer métastatique est aujourd’hui une maladie chronique. 

Formation cancer du sein