Cancer du sein : une simple prise de sang pour améliorer les choix thérapeutiques

Valérie Devillaine
14/03/2019
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Comment choisir le meilleur traitement pour les femmes atteintes de certains cancers du sein métastatiques, particulièrement difficiles à soigner ? Le Pr François-Clément Bidard, oncologue médical, a été invité par l’American Association for Cancer Research (AACR) à présenter les essais cliniques nationaux initiés par l’Institut Curie sur les biomarqueurs circulants.
FC Bidard

Les techniques nouvelles de « biopsie liquide » s’intéressent, d’une part, aux cellules tumorales circulantes, qui sont des cellules cancéreuses échappées d’une tumeur, et, d’autre part, à l’ADN tumoral circulant, correspondant lui au matériel génétique libéré dans le sang par les cellules tumorales. Détecter ces marqueurs avec des techniques fiables, vérifier qu’ils amènent une information supplémentaire et, enfin, démontrer que prendre en compte ces marqueurs permet d’améliorer le devenir des patients atteint de cancer : ces trois étapes requièrent un long travail, dans lequel l’Institut Curie a développé une expertise internationalement reconnue.

À l’occasion du congrès mondial sur la biologie du cancer, le Pr Bidard, oncologue médical à l’Institut Curie et professeur de médecine à l’université de Versailles-Saint-Quentin/Paris Saclay, a été sollicité pour faire le point sur deux grandes études françaises qu’il a initiées et qui visent à faire de meilleurs choix de traitement. Au total, près de 1800 femmes traitées pour des métastases d’un cancer du sein hormono-dépendant (qui représente 70% des cancers du sein) ont participé et participent encore à ces études innovantes.

Quand un cancer dit « hormono-dépendant » développe des métastases, les médecins prescrivent en général une hormonothérapie, mieux tolérée par les patientes, et ne prescrivent une chimiothérapie qu’aux femmes atteintes de formes qu’ils considèrent comme plus graves. Dans ce contexte, un premier grand essai (STIC CTC), initié en 2012 et dont les résultats viennent juste d’être connus, montre que le choix entre chimiothérapie et hormonothérapie gagnerait à être adapté à la quantité de cellules tumorales circulantes, qui est un bon indicateur de l’agressivité de la maladie (mais son utilisation n’est pas encore reconnue ni remboursée). Un deuxième essai d’envergure nationale (PADA-1) est en cours depuis 2017. Il se propose de détecter l’apparition dans l’ADN tumoral circulant de mutations témoignant d’une résistance du cancer à l’hormonothérapie et d’évaluer si un changement d’hormonothérapie pourrait permettre de contourner cette résistance. Premier essai mondial de son genre, PADA-1 met à profit des innovations technologiques développées dans l’unité de Génétique de l’Institut Curie, en collaboration avec l’équipe Inserm du Dr Marc-Henri Stern. Ses résultats ne seront connus que dans deux ou trois ans, mais PADA-1 rencontre déjà un intérêt marqué des chercheurs rassemblés à Atlanta du 29 mars au 3 avril.

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