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Covid-19 : quelles conséquences pour les patients de l’Institut Curie venus de l’étranger ?

La direction
14/04/2020
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Interview du Dr Pierre Anhoury, directeur des relations internationales de l’Institut Curie
Pierre Anhoury

En tant que centre international de lutte contre le cancer, l’Institut Curie reçoit régulièrement des patients venus du monde entier, attirés par la qualité et l’esprit novateur des protocoles de soins. La propagation de l’épidémie et les mesures de confinement instaurés en France ont nécessité une adaptation de l’accueil tout en assurant protection des malades et continuité des parcours thérapeutiques. Le Dr Pierre Anhoury, directeur des relations internationales à l’Institut Curie, nous explique ces changements.

Le 17 mars dernier, le confinement a été décrété. Comment les patients internationaux en cours de soins ont-ils été gérés ?

Le jour où le confinement a été rendu obligatoire, 121 malades étrangers étaient en cours de soins à l’Institut Curie. En accord avec la direction de l’Ensemble Hospitalier, nous avons respecté tous nos engagements et poursuivi la délivrance des soins.

Les ambassades ont été prévenues ainsi que les bureaux militaires qui suivent leurs populations de près et qui ont envisagé l’interruption et le rapatriement de leurs concitoyens. Notre équipe a entretenu un dialogue continu avec chaque malade et avec toutes les diplomaties concernées.

Les médecins et les assistantes médicales de l’Institut Curie ont soigneusement évité de reporter les 345 actes prévus, afin de limiter la durée du séjour déjà assez coûteux pour ces malades qui sont à des milliers de km de chez eux. Des téléconsultations ont pu être organisées selon les situations et les patients ont été prévenus par l’équipe de la direction des relations internationales des nouvelles procédures mises en place par l’hôpital (accompagnement par un proche interdit, port de masque obligatoire, déplacement possible uniquement sous dérogation gouvernementale…

Notre partenaire C3Médical, la conciergerie de l’Institut Curie pour les malades étrangers, poursuit son accompagnement quotidien. L’équipe passe un jour par semaine sur chacun des sites de Saint-Cloud et Paris. Chaque malade continue de bénéficier d’un suivi rapproché.  

Depuis le confinement, comment sont gérées les nouvelles demandes de malades étrangers atteints de cancers et qui sollicitent notre aide ?

Durant le mois de mars, 77 nouveaux malades étrangers nous ont contactés et ont téléchargé leur dossier sur notre plateforme web. Les 3 premiers pays à nous solliciter ces derniers jours sont l’Algérie, la Roumanie et le Koweït. Certains ont souhaité un deuxième avis et d’autres ont demandé à venir se faire soigner à l’Institut Curie. Or, le confinement s’est accompagné d’une injonction de l’ARS de ne plus recevoir de patient international. Chaque nouvelle demande a donc été soigneusement analysée et traitée. Nous sommes intervenus pour chacun d’eux afin de limiter les pertes de chance.

Certains malades qui devaient être rapidement pris en charge ont été orientés vers des correspondants ou d’anciens élèves de l’Institut Curie praticiens dans le pays d’origine du malade.

Dans quatre cas exceptionnels de cancers rares et complexes à traiter, nous avons fait venir ces malades à l’Institut Curie afin de les soigner. A titre d’exemple, une jeune canadienne de 19 ans porteuse d’un lymphome de Burkitt a été opérée en urgence cette semaine et repart à Ottawa afin de poursuivre son traitement médicamenteux.

Pour les malades qui ne sont pas dans l’urgence et qui pourront bénéficier d’une prise en charge à l’Institut Curie, nous consolidons leur dossier afin que tout soit prêt au moment où ils pourront se déplacer.

Que deviennent les institutions internationales partenaires de l’Institut Curie durant cette période ?

Les grands centres de cancérologie partenaires comme le King Hussein Cancer Center de Amman ou le AC Camargo de Sao Paolo nous ont très vite demandé de partager nos protocoles et règles d’organisation COVID19 afin de s’inspirer de nos décisions. Il s’agit d’un échange de bonnes pratiques.

Nos déplacements internationaux ont été suspendus. Mais nous préparons la reprise en conduisant des conférences téléphoniques avec nos interlocuteurs. Nous discutons les projets et préparons en chambre notre intervention. Plusieurs projets vont être mis en œuvre dès que nous pourrons à nouveau nous déplacer. Les pays cibles sont la Colombie, le Kazakhstan, la Chine et la Tanzanie.

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