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Single Cell : la biologie change d’échelle

Valérie Devillaine
10/12/2018
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L’Institut Curie s’investit dans le développement de la microfluidique. Cette technique qui permet l’étude de cellules uniques offre des perspectives inédites pour les connaissances fondamentales comme pour les applications médicales.
Single cell

L’Institut Curie se dote d’une plateforme d’analyse en cellule unique dite Single Cell. Grâce à des approches de microfluidique, les chercheurs peuvent isoler des cellules uniques dans de microscopiques gouttelettes, « comme des microréacteurs dans lesquels on peut faire nombre d’expériences », explique Céline Vallot, cheffe de l’Equipe dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer et codirectrice scientifique de la plateforme Single Cell.

Céline Vallot

Spécialiste de la bioinformatique et de l’épigénétique, la chercheuse va utiliser cette technique pour étudier les altérations de la chromatine, c’est-à-dire les modifications chimiques sur les protéines appelées histones autour desquelles l’ADN s’organise. « Travailler sur ce thème représente un double challenge car il faut isoler les cellules une par une sans les altérer et utiliser des échantillons frais afin que l’organisation de l’ADN soit intacte, telle qu’elle est dans l’organisme vivant. Ce projet de plateforme s’appuie sur une collaboration étroite avec les physiciens de l’ESPCI Paris, École supérieure de physique et de chimie industrielle de la ville de Paris, pour optimiser les techniques de microfluidiques nécessaires », note encore Céline Vallot. On sait que la chromatine est modifiée dans le cancer, mais quel est le rôle de ces modifications ? On connaît aussi des médicaments qui peuvent agir sur le profil de ces histones. Mais auront-ils le pouvoir de corriger la chromatine des cellules cancéreuses ? Le projet de Céline Vallot est de combler ces lacunes dans les connaissances des épigénéticiens et celles des cancérologues en répondant à ces questions.

Single cell infographie

Leïla Perié, seconde codirectrice de la plateforme et cheffe de l’Equipe approches quantitatives en immuno-hématologie, s’intéressera quant à elle à d’autres mécanismes épigénétiques, qui conduisent les cellules souches à devenir globules rouges ou différents types de globules blancs, notamment, ou conduisent également des cellules saines à devenir cancéreuses. Elle combinera la microfluidique à une autre technique qu’elle a mise au point : « une sorte de code-barres génétique qui permet d’identifier chaque cellule unique et de suivre son devenir de génération en génération », explique-t-elle. À terme là aussi, la perspective de traitements personnalisés à l’échelle des cellules de chaque patient.

Leila Perié

« Nous avons des projets différents avec Céline Vallot, mais collaborons et mutualisons nos efforts pour développer cette technologie Single Cell et la partager avec les autres équipes de Curie », précise Leïla Perié. Ce tournant technologique majeur est d’ailleurs inscrit au projet d’établissement de l’Institut Curie.