Radiothérapie : les progrès continuent

Contre le mélanome de l’uvée, cancer de l’œil, la protonthérapie, radiothérapie ultra-précise, pratiquée dans deux centres en France (au Centre d’Orsay de l’Institut Curie et à Nice), peut permettre de conserver l’œil… Mais entraîne parfois une perte visuelle. Le projet PromuFlash a pour but de tester si une irradiation « flash », à fort débit de dose sur un temps très court, a la même efficacité que la protonthérapie conventionnelle, et ce avec moins d’effets secondaires. Ce type d’irradiation a déjà fait ses preuves in vivo contre d’autres types de cancers. Ces travaux bénéficient du soutien de la société Thea, laboratoire français spécialisé en ophtalmologie.

Radiothérapie à l'Institut Curie

Esprit pionnier

Valérie Devillaine
13/10/2017
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« On ne fait jamais attention à ce qui a été fait ; on ne voit que ce qui reste à faire », déclarait Marie Curie.

L’esprit Curie, c’est donc voir plus loin que la découverte scientifique et en déduire les applications possibles. De la radioactivité… à la radiothérapie, notamment.

Grâce à cette philosophie, l’Institut Curie est toujours à l’avant-garde des traitements contre le cancer, en perfectionnant les outils actuels, pour les rendre plus efficaces et moins nocifs, et en imaginant de nouvelles combinaisons de traitements.

Pour transformer ainsi le progrès scientifique en innovations médicales, il est important de faire travailler ensemble médecins et chercheurs. Marie Curie et Claudius Regaud l’avaient compris. Ainsi, aux côtés de cette grande chercheuse, le médecin a imaginé, 50 ans avant leur avènement, le modèle des futurs centres hospitaliers universitaires et des centres de lutte contre le cancer. Le Pr Jean-Yves Blay, médecin et chercheur, dirige le Centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard, à Lyon :

J’ai lu des articles scientifiques publiés par Marie Curie pour comprendre le contexte de cette époque, et on se rend compte qu’elle a eu une vision immédiate des applications qui pouvaient découler de ses découvertes. Les chercheurs créent des modèles dont ils choisissent les caractéristiques pour répondre à une question scientifique. Les médecins, eux, sont face à un patient avec de nombreux paramètres incontrôlables. Il faut accepter de redevenir un écolier, qui ne connaît rien au sujet, pour travailler avec les autres… J’aime cette confrontation, elle est source de progrès. Aujourd’hui, toutes les avancées majeures se font aux interfaces entre disciplines.

 

Pour faciliter la collaboration entre chercheurs et médecins spécialisés dans différents domaines, l’Institut a créé des programmes incitatifs et collaboratifs : les PIC3i, 3i pour interdisciplinaires, inter-domaines et inter-établissements, mais aussi pour innover, innover, innover.

Ces programmes incitent chercheurs de différentes disciplines et médecins à collaborer pour porter de nouveaux concepts, concrétiser des idées complexes. Une idée chère à Marie Curie et pour laquelle l’Institut investit ses fonds propres, en partie issus de la générosité du public. Celui de Leïla Perié, chercheuse en immunologie, et Jacques Vargaftig, médecin hématologue, prend sa source dans une observation des médecins : les chimiothérapies font baisser les défenses immunitaires des patients, ouvrant la porte aux infections et même parfois à des cancers secondaires. Pour mieux comprendre ce phénomène, la chercheuse utilise des modèles murins dont certaines cellules sont porteuses de « code-barres », c’est-à-dire d’une séquence d’ADN spécifique qui permet de les reconnaître et de suivre leur devenir dans l’organisme. Techniquement, ces codes-barres génétiques sont bien plus difficiles à lire que ceux de nos supermarchés. L’équipe recourt alors aux talents d’informaticiens et de mathématiciens pour les déchiffrer. À terme, il s’agit de trouver des traitements préventifs face aux complications des chimiothérapies. De ces collaborations complexes émergera la médecine de demain, à même de révolutionner la prise en charge des cancers.

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C’est le nombre de programme médico-scientifiques prioritaires développés à l’Institut Curie sur le modèle du continuum entre recherche et soins cher à Marie Curie et Claudius Regaud