Enceinte après un cancer du sein

Tomber enceinte après un cancer du sein, c’est possible ?

Dr Claire SENECHAL, gynécologue médicale, Institut Bergonié, Bordeaux
02/01/2019
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Il est tout à fait possible de mener à terme une grossesse après un cancer du sein, moyennant certaines précautions.

Les oncologues préconisent classiquement un délai de 2 à 3 ans entre la fin des traitements et la conception. Cela est lié au fait que le taux de rechute est malheureusement plus important dans les 2 premières années, notamment chez les femmes jeunes.

Afin d’éviter la situation d’une récidive de la maladie au cours de la grossesse, il est souvent proposé de réaliser un bilan complet avant grossesse, qui incluera au minimum un examen clinique complet et un bilan d'imagerie mammaire.

Le cas du tamoxifène

Le tamoxifène est un traitement anti-hormonal donné chez les femmes jeunes ayant eu un cancer du sein avec des récepteurs hormonaux positifs. Loin d'être contraceptif, il est au contraire inducteur de l'ovulation, c'est-à-dire qu'il va stimuler les ovaires. De manière paradoxale, il peut également être responsable de l'arrêt des règles, ce qui peut laisser faussement penser qu'il "protège" d'une éventuelle grossesse.

Ce médicament a la particularité d’être tératogène, c’est-à-dire qu’il est susceptible d’induire des malformations de l’enfant. Il est donc indispensable d’avoir une contraception sous tamoxifène. De plus, en cas de désir de grossesse, il est préconisé d’arrêter le traitement 3 mois avant la conception, afin d’attendre que le corps n'ait plus de trace du médicament.

Infertilité après un cancer du sein

La chimiothérapie est susceptible d’altérer la fertilité. En dehors d’un contexte de cancer, le délai moyen d’un couple sans problème de santé pour concevoir est de 6 mois. Il n’est donc pas « anormal » de ne pas être enceinte dans les 6 premiers mois suivant une tentative de grossesse. Les patientes avec antécédent de cancer du sein et ayant un désir de grossesse non fructueux seront référées dans des services de médecine de la reproduction spécialisées, particulièrement si elles ont interrompu prématurément leur hormonothérapie. En effet, un bilan est souhaitable, afin d’identifier de potentielles autres causes d’infertilités (ex : infertilité d’origine tubaire ; d’origine masculine etc.) qui devront être prises en charge. Cependant, comme souligné dans la rubrique "Examens de la fertilité", les examens complémentaires permettant d’évaluer s’il existe une part d’infertilité liée à la chimiothérapie ne sont que peu performants. Souvent, il sera proposé au couple d’attendre l’obtention d’une grossesse spontanée. Dans certains cas, il pourra être proposé une stimulation hormonale après avis de l’équipe oncologique. Enfin, parfois, le couple sera orienté vers une procédure de dons d’ovocytes.